Après avoir révélé son autorité sur la maladie, les démons et même les forces de la nature, Jésus poursuit son ministère en Galilée.
Les événements rapportés dans ce chapitre vont permettre de découvrir encore davantage qui il est réellement. Les foules continuent de voir ses miracles, les disciples apprennent à le connaître davantage, tandis que les chefs religieux commencent à s’opposer de plus en plus à lui.
Tout au long du chapitre, Jésus rencontre des personnes très différentes : un paralytique, des collecteurs d’impôts, des malades, des aveugles, des personnes rejetées par la société et même une famille frappée par la mort.
À travers chacune de ces rencontres, Matthieu met en lumière non seulement la puissance de Jésus, mais aussi sa compassion, sa miséricorde et son autorité divine.
Le chapitre montre également que Jésus n’est pas venu seulement pour guérir les corps, mais pour restaurer pleinement les êtres humains et les ramener à Dieu.
Ainsi, la révélation se poursuit : après avoir montré que la création, les maladies et les démons lui obéissent, Matthieu va maintenant nous faire découvrir plus profondément l’œuvre de salut accomplie par Jésus et l’autorité unique qui lui appartient.
9:1 Jésus, étant monté dans une barque, traversa la mer, et alla dans sa ville.
9:2 Et voici, on lui amena un paralytique couché sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique: Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnés.
9:3 Sur quoi, quelques scribes dirent au dedans d'eux: Cet homme blasphème.
9:4 Et Jésus, connaissant leurs pensées, dit: Pourquoi avez-vous de mauvaises pensées dans vos coeurs?
9:5 Car, lequel est le plus aisé, de dire: Tes péchés sont pardonnés, ou de dire: Lève-toi, et marche?
9:6 Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés: Lève-toi, dit-il au paralytique, prends ton lit, et va dans ta maison.
9:7 Et il se leva, et s'en alla dans sa maison.
9:8 Quand la foule vit cela, elle fut saisie de crainte, et elle glorifia Dieu, qui a donné aux hommes un tel pouvoir.
Après avoir démontré son autorité sur la maladie, les démons et les forces de la nature, Jésus revient dans sa ville. On lui amène alors un paralytique porté par d’autres personnes. En voyant leur foi, Jésus prononce des paroles inattendues : « Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnés. » Les personnes présentes s’attendaient probablement à une guérison physique. Pourtant, Jésus commence par traiter un besoin plus profond encore : le problème du péché.
Cette scène met également en lumière la force de l’intercession. Le paralytique est amené à Jésus par d’autres personnes qui croient en lui. Leur foi les pousse à agir pour celui qui ne peut venir seul. Matthieu souligne ainsi que la foi peut conduire quelqu’un jusqu’à Jésus et devenir un puissant témoignage d’amour et de confiance en Dieu.
La déclaration de Jésus provoque immédiatement la réaction des scribes. Dans leur cœur, ils l’accusent de blasphème, car selon les Écritures, Dieu seul peut pardonner les péchés. Mais Jésus connaît leurs pensées avant même qu’elles soient exprimées. En révélant ce qui se passe dans leur cœur, il montre déjà une connaissance qui dépasse celle d’un simple homme.
Il leur répond alors : « Lequel est le plus aisé, de dire : Tes péchés sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi et marche ? » Le pardon étant invisible, il est facile d’en prononcer les paroles. Pour démontrer que son autorité est réelle, Jésus accomplit alors un miracle visible : « Lève-toi, prends ton lit, et va dans ta maison. » À l’instant même, le paralytique se lève et rentre chez lui.
La guérison devient ainsi la preuve visible d’une réalité invisible. En guérissant cet homme, Jésus démontre que son autorité ne s’arrête pas au corps ; il possède également le pouvoir de pardonner les péchés.
Cette scène marque une étape importante dans la progression de l’Évangile. Jusqu’ici, Matthieu a montré l’autorité de Jésus sur la maladie, les démons, la distance et même les forces de la nature. Désormais, Jésus agit dans un domaine réservé à Dieu lui-même : le pardon des péchés.
La foule est alors saisie de crainte et glorifie Dieu.
Cette crainte n’est pas simplement de la peur, mais un profond respect devant la puissance divine qui vient de se manifester sous leurs yeux. Ils viennent d’assister à la guérison instantanée d’un homme paralysé, mais aussi à une démonstration d’autorité spirituelle exceptionnelle.
La foule comprend que Dieu agit d’une manière extraordinaire à travers Jésus, même si elle ne saisit pas encore pleinement qui il est réellement. Matthieu continue ainsi de révéler progressivement son identité : Jésus n’est pas seulement un prophète ou un guérisseur. Il possède une autorité qui appartient à Dieu lui-même.
À travers ce miracle, Matthieu fait franchir une nouvelle étape à son récit. Après avoir montré que Jésus a autorité sur le monde visible, il révèle maintenant qu’il a aussi le pouvoir de pardonner les péchés, préparant ainsi les révélations encore plus grandes qui suivront dans ce chapitre.
9:9 De là étant allé plus loin, Jésus vit un homme assis au lieu des péages, et qui s'appelait Matthieu. Il lui dit: Suis-moi. Cet homme se leva, et le suivit.
Après avoir démontré qu’il possède l’autorité de pardonner les péchés, Jésus pose immédiatement un acte qui illustre cette vérité. « De là étant allé plus loin, Jésus vit un homme assis au lieu des péages, et qui s’appelait Matthieu. Il lui dit : Suis-moi. Cet homme se leva, et le suivit. » Matthieu est collecteur d’impôts. À cette époque, cette profession est particulièrement méprisée par une grande partie du peuple juif. Les publicains travaillent pour l’administration romaine et sont souvent associés à la corruption et à l’exploitation du peuple.
Aux yeux de beaucoup, Matthieu appartient à la catégorie des pécheurs et des personnes rejetées par la société religieuse. Pourtant, Jésus s’arrête devant lui et lui adresse un appel simple : « Suis-moi. » Sans discussion ni hésitation, Matthieu se lève et abandonne son poste pour suivre Jésus.
Cet appel montre que Jésus ne choisit pas ses disciples selon les critères humains. Là où les hommes voient un pécheur méprisé, Jésus voit un homme qu’il peut transformer et utiliser pour son Royaume.
Il est également significatif que cet événement suive immédiatement la guérison du paralytique. Après avoir affirmé qu’il a le pouvoir de pardonner les péchés, Jésus appelle maintenant un homme considéré comme pécheur par tous. L’enseignement devient concret : celui qui pardonne est aussi celui qui appelle et accueille les pécheurs.
Matthieu deviendra l’un des douze apôtres et l’auteur de cet Évangile. Son propre témoignage rappelle que la grâce de Dieu n’est pas réservée à une élite religieuse, mais qu’elle est offerte à tous ceux qui répondent à l’appel de Jésus
9:10 Comme Jésus était à table dans la maison, voici, beaucoup de publicains et de gens de mauvaise vie vinrent se mettre à table avec lui et avec ses disciples.
9:11 Les pharisiens virent cela, et ils dirent à ses disciples: Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie?
9:12 Ce que Jésus ayant entendu, il dit: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades
9:13 Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs
Après avoir appelé Matthieu à le suivre, Jésus se retrouve à table avec de nombreux publicains et gens de mauvaise vie. À l’époque, les publicains étaient les collecteurs d’impôts travaillant pour l’administration romaine. Ils étaient généralement méprisés par une grande partie du peuple juif, car ils étaient souvent associés à la corruption et considérés comme des collaborateurs de l’occupant romain.
Les « gens de mauvaise vie » désignent plus largement les personnes rejetées par la société religieuse : ceux qui étaient considérés comme impurs, pécheurs ou moralement indignes. La présence de Jésus au milieu d’eux choque profondément les pharisiens.
Ils demandent alors à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie ? » Pour les pharisiens, un homme pieux devait éviter la fréquentation des pécheurs afin de préserver sa pureté religieuse. À leurs yeux, la sainteté consistait principalement à se séparer de ceux qu’ils considéraient comme impurs.
Mais Jésus répond : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. » Par cette image simple, Jésus révèle le cœur de sa mission. Un médecin ne passe pas son temps auprès des personnes en bonne santé. Il va vers ceux qui ont besoin d’être guéris. De la même manière, Jésus est venu chercher ceux qui reconnaissent leur besoin de pardon, de transformation et de salut.
Puis il ajoute, « Allez, et apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. » En citant le prophète Osée, Jésus renvoie les pharisiens à une vérité que Dieu avait déjà rappelée plusieurs siècles auparavant. À l’époque d’Osée, le peuple continuait à accomplir les sacrifices et les pratiques religieuses prescrites par la Loi. Pourtant, malgré cette apparence de fidélité, leurs cœurs étaient souvent éloignés de Dieu. Ils pratiquaient la religion extérieurement, mais manquaient de compassion, de justice et de miséricorde envers les autres.
Lorsque Dieu déclare : « Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices », il ne rejette pas les sacrifices qu’il avait lui-même institués. Il rappelle simplement qu’ils n’ont de valeur que s’ils sont accompagnés d’un cœur sincère et transformé. Jésus montre alors aux pharisiens qu’ils sont en train de reproduire la même erreur. Ils sont attachés aux règles religieuses, mais ils ne se réjouissent pas de voir des pécheurs s’approcher de Dieu. Ils voient Matthieu, les publicains et les gens de mauvaise vie comme des personnes à éviter, alors que Dieu désire leur accorder sa grâce.
En rappelant les paroles d’Osée, Jésus révèle le cœur même de Dieu : il est venu chercher ceux qui sont perdus, non pour les condamner, mais pour les sauver et les restaurer.
Jésus conclut alors : « Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » Cela ne signifie pas qu’il existe réellement des hommes sans péché. Jésus vise ici ceux qui pensent ne pas avoir besoin de repentance, contrairement à ceux qui reconnaissent leur état spirituel et viennent à Dieu avec humilité.
Cette scène prolonge directement le miracle du paralytique. Après avoir démontré qu’il possède l’autorité de pardonner les péchés, Jésus montre maintenant à qui ce pardon est offert. Il est venu chercher ceux qui savent qu’ils ont besoin de sa grâce.
Ainsi, Matthieu continue de révéler le cœur de la mission de Jésus : non seulement pardonner les péchés, mais aussi accueillir, restaurer et sauver ceux que les hommes considèrent comme perdus. Jésus ne se contente pas de guérir les corps ; il vient réconcilier les hommes avec Dieu et ouvrir la porte du Royaume à tous ceux qui répondent à son appel.
9:14 Alors les disciples de Jean vinrent auprès de Jésus, et dirent: Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous, tandis que tes disciples ne jeûnent point?
9:15 Jésus leur répondit: Les amis de l'époux peuvent-ils s'affliger pendant que l'époux est avec eux? Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront.
9:16 Personne ne met une pièce de drap neuf à un vieil habit; car elle emporterait une partie de l'habit, et la déchirure serait pire.
9:17 On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement, les outres se rompent, le vin se répand, et les outres sont perdues; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le vin et les outres se conservent.
Jésus est de nouveau interrogé, cette fois au sujet du jeûne. Pour beaucoup, son comportement est déroutant. Les chefs religieux mettent l’accent sur les règles, les pratiques religieuses et la séparation d’avec les pécheurs. Jésus, lui, appelle un collecteur d’impôts, partage un repas avec des personnes rejetées par la société et accueille ceux que les autres méprisent.
Les disciples de Jean viennent alors lui demander : « Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous, tandis que tes disciples ne jeûnent point ? » Derrière cette question se cache une interrogation plus profonde : pourquoi Jésus agit-il d’une manière si différente de ce qui est habituellement attendu d’un maître religieux ?
Jésus répond en montrant que sa venue inaugure une nouvelle étape dans le plan de Dieu. Avec lui, le Royaume de Dieu est désormais présent au milieu des hommes. Ce n’est plus seulement un temps d’attente, mais un temps d’accomplissement.
Pour expliquer cette réalité, il utilise trois images.
Première image : les amis de l’époux
Jésus répond : « Les amis de l’époux peuvent-ils s’affliger pendant que l’époux est avec eux ? » Dans les Écritures, l’image du mariage est souvent utilisée pour parler de la relation entre Dieu et son peuple. En se présentant comme l’époux, Jésus révèle quelque chose d’important sur son identité. Il n’est pas simplement un prophète ou un enseignant. Sa présence marque l’arrivée du Royaume de Dieu.
Lors d’un mariage, les invités ne jeûnent pas et ne s’attristent pas ; ils se réjouissent avec l’époux. De la même manière, les disciples n’ont pas de raison de jeûner tant que Jésus est avec eux. Cependant, Jésus ajoute : « Les jours viendront où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. »
Pour la première fois, il annonce indirectement son départ futur. Un temps viendra où ses disciples connaîtront la tristesse de son absence. Alors le jeûne retrouvera sa place.
Jésus montre ainsi que le problème n’est pas le jeûne lui-même, mais le moment dans lequel ils se trouvent. La présence du Messie est un temps de joie.
Deuxième image : le drap neuf sur un vieil habit
Jésus poursuit : « Personne ne met une pièce de drap neuf à un vieil habit. » Un tissu neuf rétrécit lorsqu’il est lavé. Si on le coud sur un vêtement usé, il finit par tirer sur l’ancien tissu et aggrave la déchirure. Par cette image, Jésus montre que son œuvre ne peut pas être simplement ajoutée aux anciennes traditions religieuses comme un simple complément. Sa venue apporte quelque chose de nouveau qui transforme profondément la relation entre Dieu et les hommes.
Troisième image : le vin nouveau dans des outres neuves
Jésus ajoute : « On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres. » Les outres étaient des récipients en peau utilisés pour conserver le vin. Lorsque le vin nouveau fermente, il exerce une pression qui fait éclater une vieille outre devenue rigide. Le vin nouveau représente la vie nouvelle, la grâce et la puissance du Royaume de Dieu apportées par Jésus. Les outres représentent les cœurs, les mentalités et les structures religieuses. Le message de Jésus ne peut pas être contenu dans des cœurs fermés ou dans des traditions devenues rigides. Pour recevoir pleinement ce qu’il apporte, il faut être renouvelé intérieurement.
Après avoir montré qu’il est venu appeler les pécheurs plutôt que les justes, Jésus explique pourquoi son ministère surprend tant les chefs religieux.
Ils regardent encore la relation avec Dieu à travers les anciennes habitudes et les pratiques extérieures. Jésus, lui, annonce que quelque chose de nouveau est en train d’arriver.
Sa venue ne consiste pas simplement à améliorer l’ancien système religieux, mais à accomplir le plan de Dieu et à ouvrir une nouvelle étape de l’histoire du salut. Matthieu continue ainsi de révéler progressivement qui est Jésus. Après avoir montré son autorité pour pardonner les péchés, appeler les pécheurs et manifester la miséricorde de Dieu, il révèle maintenant que Jésus apporte une réalité nouvelle que les anciens cadres religieux ne peuvent contenir.
Le Royaume de Dieu est désormais présent au milieu des hommes, et chacun est appelé à accueillir cette vie nouvelle avec un cœur renouvelé.
9:18 Tandis qu'il leur adressait ces paroles, voici, un chef arriva, se prosterna devant lui, et dit: Ma fille est morte il y a un instant; mais viens, impose-lui les mains, et elle vivra.
9:19 Jésus se leva, et le suivit avec ses disciples.
9:20 Et voici, une femme atteinte d'une perte de sang depuis douze ans s'approcha par derrière, et toucha le bord de son vêtement.
9:21 Car elle disait en elle-même: Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie.
9:22 Jésus se retourna, et dit, en la voyant: Prends courage, ma fille, ta foi t'a guérie. Et cette femme fut guérie à l'heure même.
9:23 Lorsque Jésus fut arrivé à la maison du chef, et qu'il vit les joueurs de flûte et la foule bruyante,
9:24 il leur dit: Retirez-vous; car la jeune fille n'est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquaient de lui.
9:25 Quand la foule eut été renvoyée, il entra, prit la main de la jeune fille, et la jeune fille se leva.
9:26 Le bruit s'en répandit dans toute la contrée.
Dans ce passage de l’Évangile, Matthieu présente deux miracles qui sont volontairement liés et entremêlés, afin de montrer une progression très forte dans la révélation de Jésus. Après avoir déjà montré son autorité sur la maladie, les démons et même les tempêtes, on entre maintenant dans une dimension encore plus profonde : celle où Jésus se confronte non seulement à la souffrance humaine, mais à la mort elle-même.
Alors que Jésus est en route, un chef vient se prosterner devant lui en disant : « Ma fille est morte il y a un instant; mais viens, impose-lui les mains, et elle vivra. » Malgré son statut, cet homme se place dans une attitude d’humilité totale. Sa situation est humainement sans issue, puisqu’il ne s’agit plus d’une maladie ou d’une guérison à espérer, mais de la mort elle-même. Pourtant, il croit que Jésus peut encore agir là où tout semble terminé. Sa foi dépasse la logique humaine : il croit que la vie peut revenir par l’intervention de Jésus. Et sans hésitation, Jésus se lève et le suit.
Mais sur le chemin, Matthieu insère une autre scène. Une femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans s’approche discrètement par derrière et touche le bord de son vêtement. Cette femme représente une autre forme de détresse : elle n’est pas face à la mort immédiate, mais elle vit depuis des années dans une situation d’exclusion, de souffrance et d’impureté selon la loi. Elle est vivante physiquement, mais coupée de la vie sociale et religieuse.
Contrairement au chef qui s’exprime publiquement, elle agit dans le silence, avec une foi intérieure profonde : « Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie. » Elle ne cherche pas un discours ni une intervention visible, mais elle croit que la simple proximité de Jésus suffit. Et Jésus, en la voyant, lui dit : « Prends courage, ma fille, ta foi t’a guérie. » À travers elle, Matthieu montre une autre dimension de la foi : une foi silencieuse, discrète, mais tout aussi puissante.
Puis Jésus arrive dans la maison du chef. Il voit les joueurs de flûte et la foule bruyante, signe que la mort est déjà considérée comme une réalité définitive. Pour les hommes, il n’y a plus rien à espérer. Mais Jésus déclare : « Retirez-vous; car la jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. » Et la foule se moque de lui. Ici, le contraste est total entre la vision humaine et la réalité de Jésus. Pour les hommes, la mort est une fin absolue. Pour Jésus, elle n’est pas une limite.
Alors il entre, prend la main de la jeune fille, et elle se lève. À travers ces deux miracles entremêlés, Matthieu construit une progression très claire : la femme est dans une souffrance chronique depuis douze ans, le chef est confronté à une situation familiale désespérée, et la jeune fille se trouve face à la mort elle-même. On passe ainsi progressivement de la souffrance prolongée, à l’exclusion sociale, puis à la mort. Chaque étape élève le niveau d’impossibilité humaine, mais aucune ne résiste à Jésus.
Ce passage montre ainsi que la foi devient le point d’entrée dans l’action de Jésus, même dans les situations les plus extrêmes. Le chef croit qu’il peut agir même face à la mort, la femme croit qu’un simple contact suffit, tandis que la foule reste enfermée dans une logique humaine et se moque. Et Jésus révèle progressivement une réalité essentielle : son autorité ne s’arrête ni à la maladie, ni à l’exclusion, ni même à la mort. Il est celui qui redonne la vie là où tout semble définitivement terminé.
9:27 Étant parti de là, Jésus fut suivi par deux aveugles, qui criaient: Aie pitié de nous, Fils de David!
9:28 Lorsqu'il fut arrivé à la maison, les aveugles s'approchèrent de lui, et Jésus leur dit: Croyez-vous que je puisse faire cela? Oui, Seigneur, lui répondirent-ils.
9:29 Alors il leur toucha leurs yeux, en disant: Qu'il vous soit fait selon votre foi.
9:30 Et leurs yeux s'ouvrirent. Jésus leur fit cette recommandation sévère: Prenez garde que personne ne le sache.
9:31 Mais, dès qu'ils furent sortis, ils répandirent sa renommée dans tout le pays.
Après avoir montré son autorité sur la maladie, l’exclusion et même la mort, Jésus poursuit son chemin et deux aveugles le suivent en criant, « Aie pitié de nous, Fils de David ! » Ce titre est important. En appelant Jésus « Fils de David », les aveugles reconnaissent en lui le Messie promis par Dieu. Alors que beaucoup voient les miracles sans comprendre pleinement qui est Jésus, ces hommes privés de la vue discernent par la foi ce que d’autres ne voient pas encore.
Lorsqu’ils arrivent à la maison, Jésus leur pose une question : « Croyez-vous que je puisse faire cela ? » Jésus ne pose pas cette question parce qu’il doute de son pouvoir. Il cherche plutôt à faire ressortir leur foi. Depuis le début de ce chapitre, Matthieu insiste sur l’importance de la foi : la foi des amis du paralytique, la foi du chef dont la fille est morte, la foi de la femme atteinte d’une perte de sang. Ici encore, Jésus conduit ces hommes à exprimer clairement leur confiance en lui.
Ils répondent : « Oui, Seigneur. » Cette réponse est simple mais profonde. Ils ne demandent aucun signe supplémentaire et ne cherchent aucune preuve. Ils croient que Jésus a le pouvoir d’accomplir ce qu’ils lui demandent. Alors Jésus touche leurs yeux et leur dit : « Qu’il vous soit fait selon votre foi. » Aussitôt, leurs yeux s’ouvrent.
Cette guérison montre une nouvelle fois que la foi n’est pas une simple connaissance intellectuelle. Elle consiste à placer sa confiance en Jésus et à reconnaître son autorité. Les aveugles reçoivent la vue physique, mais leur démarche révèle déjà une vision spirituelle : avant même d’être guéris, ils avaient reconnu en Jésus le Messie promis.
Après leur guérison, Jésus leur recommande sévèrement de n’en parler à personne. Comme dans d’autres miracles, il ne cherche pas la popularité ou la gloire humaine. Sa mission première n’est pas d’être connu comme un faiseur de miracles, mais de révéler le Royaume de Dieu et d’amener les hommes au salut.
Pourtant, dès qu’ils sortent, les deux hommes répandent sa renommée dans tout le pays. À travers ce miracle, Matthieu continue de montrer la progression du chapitre. Après avoir révélé son autorité pour pardonner les péchés, guérir les malades et même vaincre la mort, Jésus ouvre maintenant les yeux des aveugles. Cette guérison devient aussi une image spirituelle : ceux qui viennent à lui avec foi reçoivent non seulement la vue physique, mais aussi la capacité de reconnaître qui il est réellement.
9:32 Comme ils s'en allaient, voici, on amena à Jésus un démoniaque muet.
9:33 Le démon ayant été chassé, le muet parla. Et la foule étonnée disait: Jamais pareille chose ne s'est vue en Israël.
9:34 Mais les pharisiens dirent: C'est par le prince des démons qu'il chasse les démons.
Jésus, à travers ses miracles, révèle progressivement sa puissance divine et sa mission de délivrance. Depuis le début de son ministère, il guérit les malades, chasse les démons, apaise les tempêtes et manifeste une autorité qui dépasse celle d’un simple homme. Chacun de ses miracles témoigne de sa souveraineté sur la maladie, les forces spirituelles du mal et même la mort.
Dans cet épisode, un homme possédé par un démon et privé de la parole est amené à Jésus. Dès que le démon est chassé, l’homme retrouve immédiatement l’usage de sa langue. Ce miracle provoque l’émerveillement de la foule : « Jamais pareille chose ne s’est vue en Israël. » Lorsque la foule prononce ces paroles, elle ne veut pas dire qu’aucun miracle n’avait jamais eu lieu auparavant. Israël avait déjà connu de nombreux miracles à travers son histoire.
Mais les foules sont frappées par l’autorité exceptionnelle de Jésus et par l’accumulation de ses œuvres. Depuis le début de son ministère, il guérit les malades, chasse les démons, commande aux forces de la nature, pardonne les péchés, rend la vue aux aveugles et vient même de ressusciter une jeune fille. Aucun prophète n’avait manifesté une telle puissance de façon aussi constante et dans autant de domaines différents. Cette réaction montre que les foules commencent progressivement à comprendre qu’elles sont témoins de quelque chose d’unique dans l’histoire d’Israël.
Mais les pharisiens réagissent de manière totalement différente. Au lieu de reconnaître l’action de Dieu, ils déclarent : « C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons. » Matthieu met ici en évidence un contraste saisissant. Plus la puissance de Jésus se manifeste clairement, plus les foules sont frappées d’étonnement. Mais en même temps, plus l’opposition des chefs religieux grandit.
Le problème des pharisiens n’est pas un manque de preuves. Ils voient les mêmes miracles que la foule. Pourtant, leur cœur refuse d’accepter ce que ces miracles révèlent au sujet de Jésus. Au lieu de reconnaître l’œuvre de Dieu, ils cherchent une autre explication.
Cette scène marque donc une nouvelle étape dans l’Évangile. Alors que Jésus continue de révéler son identité par ses œuvres, le rejet des autorités religieuses devient de plus en plus manifeste. Matthieu prépare ainsi les conflits qui prendront une place grandissante dans les chapitres suivants.
9:35 Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité.
9:36 Voyant la foule, il fut ému de compassion pour elle, parce qu'elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n'ont point de berger.
9:37 Alors il dit à ses disciples: La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers.
9:38 Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson.
Après avoir parcouru tout le chapitre en montrant l’autorité de Jésus sur la maladie, les démons, le péché et même la mort, Matthieu prend un instant pour résumer son ministère. « Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité. » Ce verset montre l’étendue de l’œuvre de Jésus. Il ne reste pas dans un seul lieu mais se déplace continuellement afin d’annoncer le Royaume de Dieu au plus grand nombre.
Son ministère repose sur trois aspects complémentaires : l’enseignement, la prédication et la guérison. Il enseigne dans les synagogues afin de faire connaître la vérité de Dieu. Il prêche la bonne nouvelle du Royaume pour appeler les hommes à la repentance et à la foi. Enfin, il guérit les malades, manifestant concrètement la compassion et la puissance de Dieu.
Mais Matthieu ne s’arrête pas aux œuvres visibles de Jésus. Il révèle également ce qui motive son ministère : « Voyant la foule, il fut ému de compassion pour elle. » Le mot utilisé ici exprime une profonde émotion intérieure. Jésus n’observe pas les foules avec indifférence. Il est touché par leur situation et par leur souffrance.
Matthieu précise la raison de cette compassion : « Parce qu’elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n’ont point de berger. » L’image des brebis sans berger apparaît plusieurs fois dans l’Ancien Testament pour décrire le peuple de Dieu lorsqu’il manque de conducteurs fidèles. Des brebis sans berger sont vulnérables, désorientées et incapables de trouver seules leur chemin.
Jésus voit que beaucoup de personnes sont perdues spirituellement. Malgré la présence des chefs religieux, elles manquent de direction, de vérité et de véritable relation avec Dieu. C’est alors qu’il dit à ses disciples : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. » L’image de la moisson compare les hommes à un champ prêt à être récolté. Jésus voit de nombreuses personnes prêtes à entendre la parole de Dieu et à recevoir le salut. Le besoin est immense, mais ceux qui travaillent à cette œuvre sont encore peu nombreux.
Il ajoute : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. » Le maître de la moisson est Dieu lui-même. Jésus invite ses disciples à prier afin que davantage de serviteurs soient envoyés pour annoncer l’Évangile et prendre soin des personnes qui cherchent Dieu.
À travers ces versets, Matthieu montre que derrière tous les miracles de Jésus se trouve un cœur rempli de compassion. Jésus ne vient pas seulement manifester sa puissance ; il voit des hommes et des femmes perdus, et il désire les conduire vers Dieu. Cette compassion devient le moteur de toute sa mission.
Au cours de ce chapitre, Jésus a rencontré des personnes très différentes : un paralytique, un collecteur d’impôts, des publicains, une femme souffrante, un chef de synagogue, des aveugles et un démoniaque muet.
Dans chaque situation, il a manifesté son autorité et sa compassion. Il a pardonné les péchés, accueilli les pécheurs, guéri les malades, délivré les opprimés et montré que même la mort ne lui résiste pas.
Mais Matthieu ne présente pas ces événements comme une simple succession de miracles. À travers eux, il montre que Jésus est venu chercher ceux qui sont perdus et leur offrir le salut.
À la fin du chapitre, un changement se prépare. Jusqu’ici, les disciples ont surtout observé l’œuvre de Jésus et appris à le connaître. Dans le chapitre suivant, ils vont recevoir une mission à leur tour.
Après avoir manifesté son autorité devant les foules, Jésus va maintenant appeler et envoyer ses douze apôtres. Ils seront chargés d’annoncer le Royaume de Dieu, de servir en son nom et d’apprendre ce que signifie être disciple dans un monde qui ne l’accueillera pas toujours. Le chapitre 10 ouvre ainsi une nouvelle étape : celle de l’envoi des disciples et de leur préparation à la mission.