Le chapitre 8 s’achève sur un appel exigeant. Jésus vient de révéler que le suivre implique le renoncement à soi-même, le port de la croix et la perte de sa vie pour la sauver. Il a parlé de l’âme, du jugement, et de sa venue future dans la gloire du Père. Les disciples savent désormais que le chemin du Messie passe par la souffrance et le rejet.
À ce moment précis, une tension demeure. Les disciples ont reconnu Jésus comme le Christ, mais ils peinent à accepter un Messie qui doit souffrir. Suivre Jésus semble conduire à l’abaissement plus qu’à la victoire.
C’est alors que s’ouvre le chapitre 9. Après avoir parlé de la croix, Jésus révèle sa gloire. Non pour annuler l’exigence du disciple, mais pour lui en montrer le sens. La transfiguration n’efface pas la croix ; elle l’éclaire. Elle révèle que l’abaissement conduit réellement à la gloire, et que la mort annoncée n’est pas une fin, mais un passage.
Au chapitre 8, Jésus révèle le prix du discipulat ; au chapitre 9, il en révèle l’aboutissement.
9:1 Il leur dit encore: Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu'ils n'aient vu le royaume de Dieu venir avec puissance.
« Je vous le dis en vérité ». Cette formule introduit toujours une déclaration essentielle, digne d’une attention particulière. Jésus affirme qu’il y a, parmi ceux qui l’écoutent, « quelques-uns » qui ne mourront pas avant d’avoir vu le Royaume de Dieu venir avec puissance. Il ne parle pas de tous, mais de certains. Cette précision est importante : il n’annonce pas la fin du monde imminente pour toute la génération, mais une révélation accordée à un petit nombre.
Voir le Royaume de Dieu ne signifie pas ici assister au jugement final ou à l’établissement complet du Royaume à la fin des temps. Dans l’évangile de Marc, le Royaume de Dieu est déjà à l’œuvre dans la personne de Jésus. Il se manifeste par ses actes, ses paroles, sa victoire sur le mal et sa communion unique avec le Père. Mais ici, Jésus parle d’un Royaume « venant avec puissance », c’est-à-dire d’une manifestation visible, éclatante, exceptionnelle de cette réalité spirituelle.
9:2 Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux;
9:3 ses vêtements devinrent resplendissants, et d'une telle blancheur qu'il n'est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi.
Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les conduisit seuls à l’écart sur une haute montagne. Là, il fut transfiguré devant eux.
La mention précise de « six jours après » n’est pas anodine. Elle relie directement cet événement à ce qui précède : l’annonce de la souffrance, de la croix, du renoncement à soi (Marc 8). Après avoir parlé de rejet, de mort et de honte possible, Jésus révèle maintenant sa gloire. Ces six jours marquent un temps d’attente, de maturation, comme pour rappeler que la gloire de Dieu ne se révèle pas immédiatement, mais après un chemin de foi.
Ces six jours rappellent, dans la tradition biblique, les temps de préparation précédant une révélation divine, comme pour Moïse sur le Sinaï.
Jésus ne prend pas tous les disciples, mais seulement trois : Pierre, Jacques et Jean. Ce choix n’est pas une exclusion, mais une proximité particulière. Ces trois-là forment le cercle intime de Jésus, ceux qui seront témoins des moments les plus décisifs : la transfiguration, la résurrection de la fille de Jaïrus, et l’agonie à Gethsémané. Ils verront à la fois sa gloire et sa profonde souffrance.
Pierre est choisi parce qu’il jouera un rôle fondamental dans l’Église naissante. Il confessera Jésus comme le Christ et sera celui par qui l’Évangile s’ouvrira d’abord aux Juifs (Actes 2), puis aux païens (Actes 10), avant que d’autres, notamment Paul, poursuivent largement cette mission.
Jean est le disciple que Jésus aimait, celui de l’intimité spirituelle, de la profondeur, de la révélation de l’amour divin.
Jacques, souvent plus discret, sera pourtant le premier apôtre martyr : il représente le témoignage jusqu’au bout, la fidélité qui va jusqu’au don de sa vie. Ensemble, ces trois disciples incarnent la foi, l’amour et le témoignage.
Jésus les conduit « seuls, à l’écart ». La révélation de la gloire de Dieu se fait dans le retrait, loin du bruit de la foule. Ce détail montre que certaines expériences spirituelles profondes ne peuvent être vécues que dans le silence, la séparation, l’intimité avec Dieu. On ne contemple pas la gloire divine dans la précipitation ou la superficialité, mais dans un cœur disponible.
Il les conduit sur « une haute montagne ». Dans la Bible, la montagne est le lieu de la rencontre avec Dieu : le Sinaï pour Moïse, le Carmel pour Élie. La hauteur symbolise l’élévation spirituelle, le fait de quitter le regard terrestre pour adopter le regard de Dieu. Ce n’est pas une fuite du monde, mais une mise à distance nécessaire pour comprendre le Royaume. La montagne n’est pas seulement géographique, elle est spirituelle : elle élève l’homme vers Dieu.
C’est là que Jésus est « transfiguré ». Le mot signifie littéralement « transformé dans sa forme ». Il ne devient pas autre chose que ce qu’il était déjà ; il révèle ce qu’il est réellement. La transfiguration n’est pas un changement de nature, mais un dévoilement.
La gloire divine, jusque-là voilée par son humanité, apparaît aux yeux des disciples. Jésus montre qu’il n’est pas seulement un maître ou un prophète, mais le Fils de Dieu, porteur de la gloire céleste.
Ses vêtements deviennent resplendissants, d’une blancheur incomparable. Dans la Bible, la blancheur est le symbole de la pureté, de la sainteté et du monde céleste. Marc insiste : aucune œuvre humaine ne peut produire une telle blancheur. Ce n’est pas une lumière terrestre, mais une lumière divine. Elle vient de Dieu lui-même.
Par cette scène, Jésus prépare ses disciples à ce qui va suivre. Avant la croix, il leur montre la gloire. Avant l’abaissement, il révèle l’exaltation.
La transfiguration est un encouragement : la souffrance n’est pas la fin, la mort n’a pas le dernier mot. Celui qui va être rejeté et crucifié est aussi celui qui règne dans la gloire.
Ainsi, Marc 9,2–3 nous révèle que Jésus est pleinement homme et pleinement Dieu. Il marche vers la croix, mais il est déjà le Roi glorieux. Et il invite ses disciples et chacun de nous à comprendre que le chemin du Royaume passe par l’écoute, la confiance et parfois l’ombre, mais qu’il conduit toujours à la lumière.
9:4 Élie et Moïse leur apparurent, s'entretenant avec Jésus.
9:5 Pierre, prenant la parole, dit à Jésus: Rabbi, il est bon que nous soyons ici; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie.
9:6 Car il ne savait que dire, l'effroi les ayant saisis.
9:7 Une nuée vint les couvrir, et de la nuée sortit une voix: Celui-ci est mon Fils bien-aimé: écoutez-le!
9:8 Aussitôt les disciples regardèrent tout autour, et ils ne virent que Jésus seul avec eux.
Après la transfiguration de Jésus, l’événement prend une dimension encore plus profonde avec l’apparition de deux figures majeures de l’Ancien Testament : Moïse et Élie.
« Élie et Moïse leur apparurent, s'entretenant avec Jésus. »
La présence de Moïse et d’Élie n’est pas un hasard. Moïse représente la Loi, lui qui a reçu les commandements de Dieu sur le mont Sinaï. Élie représente les Prophètes, celui qui a appelé le peuple à revenir à Dieu dans un contexte d’infidélité et d’idolâtrie. Ensemble, ils résument toute l’Écriture de l’Ancien Testament : la Loi et les Prophètes.
Le fait qu’ils s’entretiennent avec Jésus est essentiel. Jésus n’est pas placé à leur niveau comme un maître parmi d’autres : il est au centre. Cela signifie que toute la Loi et tous les Prophètes convergent vers lui. Jésus ne vient pas abolir l’Ancien Testament, mais l’accomplir.
Ce que Moïse a annoncé par la Loi et ce qu’Élie a proclamé par les Prophètes trouve son sens ultime en Jésus. Cette scène révèle que Jésus est la clé de lecture de toute la Bible : sans lui, la Loi et les Prophètes restent incomplets.
La réaction de Pierre
« Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Pierre réagit avec sincérité, mais aussi avec incompréhension. Il vit un moment extraordinaire et cherche instinctivement à le figer, à le rendre permanent. Les « tentes » évoquent probablement la fête des Tentes, symbole de la présence de Dieu parmi son peuple, mais aussi le désir humain de s’installer dans la gloire sans passer par l’épreuve.
Sans le vouloir, Pierre place Jésus au même niveau que Moïse et Élie : trois tentes, trois figures égales. Or, ce n’est pas le message de Dieu. Pierre parle avec enthousiasme, mais il parle avant de comprendre. Il voudrait rester sur la montagne, dans la gloire, alors que Jésus vient justement d’annoncer sa souffrance et sa mort. Il cherche la gloire sans la croix.
La peur des disciples
« Car il ne savait que dire, l'effroi les ayant saisis. »
Marc précise cette phrase pour montrer que les paroles de Pierre ne viennent pas d’une réflexion mûre, mais de la crainte. Les disciples sont saisis d’un effroi sacré. Être confronté à la gloire de Dieu provoque une prise de conscience brutale de la sainteté divine et de la petitesse humaine. Face à Dieu, les mots manquent. L’homme parle parfois pour combler le silence, même lorsqu’il ne comprend pas. Cette peur n’est pas négative en soi : elle révèle qu’ils sont devant quelque chose qui les dépasse totalement.
La nuée et la voix de Dieu
« Une nuée vint les couvrir, et de la nuée sortit une voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »
La nuée est un symbole biblique clair de la présence de Dieu. Elle rappelle la nuée qui guidait Israël dans le désert et la gloire de Dieu qui remplissait le tabernacle et le temple. Dieu se manifeste, non sous une forme humaine visible, mais dans sa majesté cachée.
La voix du Père intervient pour corriger la confusion de Pierre. Il ne dit pas : « écoutez-les », mais « écoutez-le ». Moïse et Élie disparaissent de l’ordre divin ; Jésus demeure comme l’unique autorité.
Dieu affirme clairement l’identité de Jésus : « mon Fils bien-aimé ». Jésus n’est pas seulement un prophète, ni un grand enseignant : il est le Fils unique de Dieu, celui qui révèle parfaitement le Père.
Désormais, la Loi et les Prophètes trouvent leur pleine autorité et leur interprétation définitive en Jésus, le Fils. Jésus seul
« Aussitôt les disciples regardèrent tout autour, et ils ne virent que Jésus seul avec eux. »
Ce détail est fondamental. Moïse et Élie disparaissent, la nuée se retire, la gloire visible s’efface… il ne reste que Jésus. C’est le message final de la scène. Au terme de la révélation, ce n’est ni la Loi ni les Prophètes qui demeurent, mais le Christ seul.
Les disciples doivent comprendre que la foi ne repose pas sur des expériences spectaculaires permanentes, mais sur une relation fidèle avec Jésus. Ils devront redescendre de la montagne, revenir dans un monde marqué par la souffrance, mais avec une certitude nouvelle : Jésus est véritablement le Fils de Dieu.
9:9 Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur recommanda de ne dire à personne ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme fût ressuscité des morts.
9:10 Ils retinrent cette parole, se demandant entre eux ce que c'est que ressusciter des morts.
« Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur recommanda de ne dire à personne ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme fût ressuscité des morts. »
Ce commandement peut sembler paradoxal. Pourquoi révéler sa gloire à ses disciples, puis leur interdire d’en parler ? Pourtant, ce silence est profondément cohérent avec la mission de Jésus.
D’abord, les disciples ne sont pas encore capables de comprendre pleinement ce qu’ils ont vu. Sans la croix et la résurrection, la transfiguration risquerait d’être mal interprétée. Ils pourraient annoncer un Messie glorieux sans annoncer un Messie souffrant, nourrissant ainsi une attente faussée : celle d’un roi triomphant sans croix.
Jésus sait que sa véritable identité ne peut être comprise qu’à la lumière de la résurrection. Avant Pâques, la gloire risquerait d’écraser le sens de l’abaissement. Après Pâques, elle prendra tout son sens.
La transfiguration n’est pas une fin en soi ; elle est une anticipation de la gloire qui suivra la croix.
C’est pourquoi Jésus lie explicitement le témoignage à un événement futur :
« jusqu’à ce que le Fils de l’homme fût ressuscité des morts ».
Il annonce une nouvelle fois sa mort et sa résurrection, mais cette fois-ci de manière voilée. Il ne parle pas encore ouvertement de la croix, mais il affirme clairement que la gloire qu’ils ont vue ne pourra être proclamée qu’après sa victoire sur la mort.
Une parole incomprise
« Ils retinrent cette parole, se demandant entre eux ce que c'est que ressusciter des morts. »
Les disciples obéissent extérieurement : ils gardent le silence. Mais intérieurement, ils sont dans l’incompréhension. Marc souligne leur trouble : ils discutent entre eux, incapables de saisir ce que Jésus veut dire.
Leur difficulté ne vient pas du mot « mort », mais du mot « résurrection ».
Dans la pensée juive de l’époque, la résurrection était généralement comprise comme un événement collectif et final, à la fin des temps. L’idée qu’un seul homme puisse mourir puis ressusciter avant le jugement dernier leur est étrangère.
De plus, ils n’arrivent pas à concilier deux réalités :
– la gloire qu’ils viennent de voir sur la montagne
– l’annonce d’une mort prochaine
Comment celui qui resplendit de gloire peut-il mourir ? Et comment la mort pourrait-elle être suivie d’une résurrection ? Pour eux, ces réalités semblent incompatibles.
Cette incompréhension montre que la foi des disciples est encore en chemin. Ils voient, mais ne comprennent pas encore. Ils entendent, mais le sens leur échappe. Pourtant, Jésus ne les rejette pas. Il les accompagne patiemment vers la compréhension, sachant que c’est l’événement de la résurrection qui ouvrira pleinement leurs yeux.
9:11 Les disciples lui firent cette question: Pourquoi les scribes disent-ils qu'il faut qu'Élie vienne premièrement?
9:12 Il leur répondit: Élie viendra premièrement, et rétablira toutes choses. Et pourquoi est-il écrit du Fils de l'homme qu'il doit souffrir beaucoup et être méprisé?
9:13 Mais je vous dis qu'Élie est venu, et qu'ils l'ont traité comme ils ont voulu, selon qu'il est écrit de lui.
« Les disciples lui firent cette question : Pourquoi les scribes disent-ils qu’il faut qu’Élie vienne premièrement ? »
La question des disciples ne naît pas de la curiosité, mais d’un véritable trouble théologique. Ce qu’ils viennent de vivre sur la montagne a ravivé une attente ancienne et profondément ancrée dans la tradition juive. Ils ont vu Élie apparaître dans la gloire, aux côtés de Moïse et de Jésus.
Or, selon l’enseignement des scribes, fondé sur les Écritures, Élie devait venir avant la manifestation du Messie. Cette attente repose sur la prophétie de Malachie :
« Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, avant que le jour de l’Éternel arrive » (Malachie 4,5).
Les disciples sont donc face à une tension :
s’ils reconnaissent Jésus comme le Messie,
comment expliquer que la prophétie concernant Élie semble encore inachevée ?
Leur raisonnement est logique, mais incomplet. Ils regardent l’ordre des événements sans encore en saisir le sens profond.
« Il leur répondit : Élie viendra premièrement, et rétablira toutes choses. Et pourquoi est-il écrit du Fils de l’homme qu’il doit souffrir beaucoup et être méprisé ? » La réponse de Jésus est à la fois une confirmation et une correction.
D’abord, Jésus confirme la prophétie : « Élie viendra premièrement, et rétablira toutes choses. » Il ne conteste pas l’enseignement des scribes. Élie devait bien venir, avec une mission de restauration spirituelle : ramener les cœurs vers Dieu, appeler à la repentance, préparer le peuple à la venue du Royaume.
Mais aussitôt, Jésus pose une question décisive, qui renverse la perspective : « Et pourquoi est-il écrit du Fils de l’homme qu’il doit souffrir beaucoup et être méprisé ? »
Par cette question, Jésus met en lumière une lecture sélective des Écritures. Les scribes parlent volontiers d’Élie et de la restauration, mais ils passent sous silence les textes qui annoncent un Messie souffrant. Or, ces textes sont tout aussi clairs et tout aussi inspirés.
Les Écritures annoncent non seulement la gloire du Messie, mais aussi son rejet :
méprisé des hommes (Ésaïe 53),
rejeté par son peuple,
livré à la souffrance avant l’exaltation.
Jésus rappelle ainsi que le plan de Dieu ne se limite pas à une restauration visible et triomphante. Il passe par l’abaissement, l’humiliation et la souffrance. La gloire véritable ne peut être comprise sans la croix.
« Mais je vous dis qu’Élie est venu, et qu’ils l’ont traité comme ils ont voulu, selon qu’il est écrit de lui. » Ici, Jésus dévoile le sens profond de la prophétie. Élie est déjà venu, non pas sous la forme littérale du prophète ancien, mais dans la personne de Jean-Baptiste. Celui-ci est venu
« avec l’esprit et la puissance d’Élie », accomplissant la même mission : appeler à la repentance, préparer le chemin du Seigneur, confronter le péché et l’hypocrisie religieuse.
Mais Jésus ajoute une phrase lourde de sens : « ils l’ont traité comme ils ont voulu ». Jean-Baptiste n’a pas été accueilli comme un envoyé de Dieu. Il a été rejeté, méprisé, emprisonné et finalement mis à mort. Ceux qui connaissaient les Écritures n’ont pas reconnu leur accomplissement lorsqu’il s’est présenté devant eux.
Jésus souligne alors une vérité essentielle : la fidélité aux Écritures ne consiste pas seulement à les connaître, mais à reconnaître l’action de Dieu lorsqu’elle se manifeste. Le peuple aurait dû écouter Jean, se repentir, et accueillir le Messie qu’il annonçait. Au lieu de cela, ils ont rejeté le messager, préparant ainsi le rejet du Messie lui-même.
Cette parole de Jésus est aussi une annonce indirecte de ce qui l’attend. Si Élie a été rejeté, le Fils de l’homme le sera également. Si le précurseur a souffert, le Messie souffrira davantage encore.
Dans ce court échange, Jésus révèle une clé de lecture fondamentale de la Bible. Le plan de Dieu ne se déroule pas selon les attentes humaines, mais selon une logique divine où la restauration passe par la repentance, et la gloire par la souffrance.
Élie est venu, mais il a été rejeté. Le Fils de l’homme est là, et il sera rejeté à son tour. La transfiguration montre la gloire à venir, mais ce dialogue rappelle que cette gloire ne peut être atteinte sans la croix. Ainsi, Jésus enseigne à ses disciples et à chacun de nous que croire véritablement, ce n’est pas seulement espérer la victoire, mais accepter le chemin par lequel Dieu choisit de l’accomplir.
9:14 Lorsqu'ils furent arrivés près des disciples, ils virent autour d'eux une grande foule, et des scribes qui discutaient avec eux.
9:15 Dès que la foule vit Jésus, elle fut surprise, et accourut pour le saluer.
Après la révélation éclatante de la gloire du Fils sur la montagne, Jésus redescend vers la plaine. Le contraste est immédiat et saisissant.
« Lorsqu’ils furent arrivés près des disciples, ils virent autour d’eux une grande foule, et des scribes qui discutaient avec eux. »
Jésus ne redescend pas vers un monde transformé par la vision de la gloire, mais vers un monde resté tel qu’il est : agité, divisé, conflictuel. Là où, sur la montagne, il y avait silence, lumière et communion avec Dieu, il y a maintenant une foule nombreuse, des scribes, et une discussion animée.
Les disciples restés en bas sont entourés. Ils ne sont pas en train de guérir, ni d’enseigner avec autorité, mais de discuter. Le verbe employé suggère une controverse, un débat tendu, typique des affrontements religieux de l’époque. Les scribes, experts de la Loi, ne cherchent pas ici à comprendre, mais à contester. Ils mettent les disciples à l’épreuve, probablement à cause de leur incapacité à agir.
Marc souligne ainsi un contraste fondamental :
en l’absence visible de Jésus, la discussion remplace l’action, et la controverse remplace la libération. Là où Jésus n’est pas au centre, les paroles se multiplient mais la puissance manque.
Cette scène illustre déjà une vérité essentielle de l’évangile : la connaissance religieuse, même raffinée, ne suffit pas à vaincre le mal. Les scribes parlent, les disciples argumentent, mais la situation reste bloquée.
« Dès que la foule vit Jésus, elle fut frappée de stupeur, et accourut pour le saluer. » L’arrivée de Jésus provoque une réaction immédiate et profonde. Marc utilise le verbe grec ekthambeô, qui ne désigne pas une simple surprise, mais un bouleversement mêlé de crainte, d’étonnement et d’admiration. La foule est saisie, frappée intérieurement.
Marc ne donne aucune explication directe, Jésus redescend de la montagne après la Transfiguration. Comme Moïse descendant du Sinaï, porteur de la gloire divine, Jésus semble encore marqué par la révélation qu’il vient de vivre. Mais à la différence de Moïse, Jésus ne reflète pas une gloire reçue : il est lui-même la source de cette gloire.
La foule perçoit instinctivement que quelque chose a changé. Il ne s’agit pas seulement d’un maître qui revient, mais d’une présence qui impose le silence, d’une autorité qui ne se discute pas. Face à Jésus, les débats perdent leur importance. La lumière attire, et la confusion recule.
C’est pourquoi la foule accourt vers lui. Elle se détourne des scribes et des discussions pour aller vers celui qui porte la vérité et la puissance. Là où Jésus apparaît, le centre d’attention se déplace naturellement vers lui.
9:16 Il leur demanda: Sur quoi discutez-vous avec eux?
9:17 Et un homme de la foule lui répondit: Maître, j'ai amené auprès de toi mon fils, qui est possédé d'un esprit muet.
9:18 En quelque lieu qu'il le saisisse, il le jette par terre; l'enfant écume, grince des dents, et devient tout raide. J'ai prié tes disciples de chasser l'esprit, et ils n'ont pas pu.
Jésus arrive au milieu de la foule, voit la confusion, les discussions et l’impuissance, et pose directement une question. Il ne cherche pas à entrer dans le débat, mais à faire apparaître le vrai problème.
Mais Jésus ne pose pas la question pour apprendre ; il la pose pour que la vérité soit dite, pour que la souffrance sorte du silence. Tant que l’homme discute, il reste dans le débat. Quand il parle, il entre dans la relation.
Alors un père s’avance. Il ne théorise pas, il raconte. Il expose sa douleur : son fils est possédé d’un esprit muet. Cet esprit ne se contente pas de faire taire la parole ; il empêche la relation, coupe l’enfant du monde, de Dieu et des autres. Là où la parole devrait jaillir, il n’y a que le silence et la violence.
Le père décrit ce qu’il voit : l’enfant est saisi, jeté à terre, il écume, grince des dents et devient raide. Ce ne sont pas des détails inutiles. Ils disent le mal à l’œuvre : une force qui s’empare, qui humilie, qui écrase ce qui devait se tenir debout. Le mal déborde, durcit, fige la vie jusqu’à la rendre presque immobile.
Ainsi, cet enfant représente une humanité empêchée : empêchée de parler, empêchée de se tenir debout, empêchée d’entrer en relation et, finalement, empêchée de vivre pleinement.
Les disciples ont essayé de chasser l’esprit, mais ils n’ont pas pu. Leur échec révèle la limite d’une foi devenue routine, d’une action sans abandon véritable. Alors Jésus laisse le père parler, tout dire, sans l’interrompre. Car nommer le mal devant Dieu, c’est déjà lui retirer une part de son pouvoir.
9:19 Race incrédule, leur dit Jésus, jusques à quand serai-je avec vous? jusques à quand vous supporterai-je? Amenez-le-moi. On le lui amena.
Après avoir entendu le père décrire la souffrance de son fils et l’échec des disciples, Jésus prononce des paroles fortes :
« Race incrédule, jusques à quand serai-je avec vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi. »
Ces paroles ne sont pas adressées uniquement aux disciples. Jésus s’adresse à tous ceux qui sont présents : les disciples, la foule, les scribes, et plus largement toute la génération de ce temps.
Quand Jésus utilise le mot « race », il ne parle pas d’origine ou de valeur humaine. Dans le langage biblique, ce mot signifie génération. Jésus désigne l’attitude spirituelle générale de ceux qui sont là : une génération qui voit, qui entend, mais qui peine encore à faire pleinement confiance à Dieu.
Le terme « incrédule » ne veut pas dire que personne ne croit. Beaucoup croient déjà, mais leur foi est incomplète, fragile, parfois bloquée par les discussions, les habitudes religieuses ou la peur de l’échec. Les disciples ont essayé d’agir, les scribes ont discuté, la foule a observé mais l’enfant n’a pas été libéré. Le problème n’est donc pas seulement celui des disciples, mais celui de tous.
Quand Jésus dit : « Jusques à quand serai-je avec vous ? »,
il exprime une tristesse et une urgence. Il sait que son temps parmi eux est limité, et il constate que cette génération n’a pas encore appris à vivre dans une confiance totale envers Dieu.
Et quand il ajoute : « Jusques à quand vous supporterai-je ? »,
il ne parle pas d’un rejet, mais de la patience nécessaire pour porter une génération encore hésitante dans la foi. Jésus ne se détourne pas d’eux ; au contraire, il reste et il agit.
Enfin, en disant : « Amenez-le-moi »,
Jésus met fin aux débats et recentre tout le monde. Devant tous, il montre que la foi véritable ne consiste pas à discuter ou à observer, mais à venir à lui avec la souffrance réelle.
Cet avertissement est donc collectif. Il concerne les disciples, les chefs religieux, la foule, et toute personne qui se tient devant Jésus sans encore lui faire pleinement confiance. Par ces paroles, Jésus appelle toute une génération à passer d’une foi hésitante à une foi vivante.
9:20 Et aussitôt que l'enfant vit Jésus, l'esprit l'agita avec violence; il tomba par terre, et se roulait en écumant.
9:21 Jésus demanda au père: Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive? Depuis son enfance, répondit-il.
9:22 Et souvent l'esprit l'a jeté dans le feu et dans l'eau pour le faire périr. Mais, si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie compassion de nous.
9:23 Jésus lui dit: Si tu peux!... Tout est possible à celui qui croit.
9:24 Aussitôt le père de l'enfant s'écria: Je crois! viens au secours de mon incrédulité!
9:25 Jésus, voyant accourir la foule, menaça l'esprit impur, et lui dit: Esprit muet et sourd, je te l'ordonne, sors de cet enfant, et n'y rentre plus.
9:26 Et il sortit, en poussant des cris, et en l'agitant avec une grande violence. L'enfant devint comme mort, de sorte que plusieurs disaient qu'il était mort.
9:27 Mais Jésus, l'ayant pris par la main, le fit lever. Et il se tint debout.
Quand l’enfant est amené devant Jésus, l’esprit impur réagit aussitôt. À la vue de Jésus, il agite l’enfant avec violence. Ce n’est pas Jésus qui provoque le mal, mais sa présence qui le met en danger. L’esprit reconnaît qui est Jésus, et il panique. Avant de quitter l’enfant, il se manifeste une dernière fois avec brutalité, comme pour détruire ce qu’il tient encore.
L’enfant tombe par terre, se roule et écume. Marc décrit volontairement la scène de façon très concrète. Le mal n’est ni abstrait ni symbolique : il atteint le corps, il humilie, il fait perdre le contrôle. Cette violence montre jusqu’où peut aller ce qui s’oppose à la vie.
Jésus ne commence pas par agir. Il s’arrête et pose une question au père :
« Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? » Jésus sait déjà la réponse, mais il laisse le père parler. La souffrance sort enfin du silence. Le père répond : « Depuis son enfance. » Cela signifie que le combat dure depuis presque toute la vie de l’enfant. Le mal est ancien, installé, et humainement sans issue.
Le père raconte que l’esprit a souvent cherché à faire mourir son fils, en le jetant dans le feu et dans l’eau. Le texte montre clairement que le mal ne vient jamais pour protéger ou construire, mais pour détruire. Pourtant, malgré les années d’échec, le père continue d’espérer. Il s’adresse à Jésus avec une foi fragile : « Si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie compassion de nous. »
Jésus reprend ses mots :
« Si tu peux !… » La question n’est pas de savoir si Jésus est capable, mais si le père est prêt à lui faire confiance. Jésus ajoute alors :
« Tout est possible à celui qui croit. » Il ne demande pas une foi parfaite, mais une foi tournée vers lui.
Aussitôt, le père crie une parole vraie et sincère : « Je crois ! Viens au secours de mon incrédulité ! » Il ne cache rien. Il croit, mais il reconnaît aussi ses limites. Cette foi honnête plaît à Dieu.
Voyant la foule accourir, Jésus agit. Il ne transforme pas la délivrance en spectacle. Il menace l’esprit impur et lui ordonne de sortir et de ne plus jamais revenir. L’esprit résiste encore, sort dans une dernière violence, et l’enfant reste immobile, au point que beaucoup pensent qu’il est mort. Le mal donne l’impression d’avoir le dernier mot.
Mais Jésus s’approche, prend l’enfant par la main, le relève, et l’enfant se tient debout. Là où le mal jetait à terre, Jésus relève. Là où tout semblait fini, la vie revient.
Ce passage nous montre que la foi n’a pas besoin d’être parfaite pour être efficace. Elle a seulement besoin d’être vraie. Même fragile, même mêlée de doute, une foi sincère remise entre les mains de Jésus ouvre la voie à la libération et à la vie.
9:28 Quand Jésus fut entré dans la maison, ses disciples lui demandèrent en particulier: Pourquoi n'avons-nous pu chasser cet esprit?
9:29 Il leur dit: Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière.
Les disciples interrogent Jésus : « Pourquoi n’avons-nous pas pu chasser cet esprit ? » Leur question est significative, car Jésus leur avait déjà donné autorité sur les esprits impurs, et ils avaient déjà réussi auparavant. Leur échec ne vient donc ni d’un manque d’autorité, ni d’une incapacité définitive, mais d’un affaiblissement de leur foi et de leur dépendance à Dieu.
Jésus leur répond : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière. » L’expression « cette espèce-là » indique clairement qu’il existe différents types d’esprits impurs, avec des degrés de résistance et des modes d’action variés.
Le terme employé suggère une catégorie particulière, plus enracinée, plus tenace. La Bible montre ailleurs cette diversité : certains esprits rendent muets, d’autres violents, d’autres trompeurs ou oppressants, et tous ne réagissent pas de la même manière.
Lorsque Jésus parle de la prière, il ne désigne pas une formule prononcée au moment de l’affrontement, ni une technique particulière. Il parle d’un état intérieur, d’une vie profondément tournée vers Dieu.
La prière est ici la relation vivante avec le Père, la dépendance constante, l’humilité et la foi active. Ce type de combat spirituel ne peut être remporté par une simple autorité exercée mécaniquement, mais par une communion réelle avec Dieu.
Dans l’Évangile de Matthieu, le même épisode précise que cette sorte d’esprit ne sort que par la prière et le jeûne. Il ne s’agit pas d’une contradiction avec Marc, mais d’un éclairage complémentaire.
Le jeûne n’est pas une pratique magique ; il est un renoncement à soi qui approfondit la prière et recentre l’être humain sur Dieu. Marc met l’accent sur la prière comme dépendance, Matthieu sur le jeûne comme engagement intérieur. Les deux expriment la même réalité spirituelle : une autorité véritable ne s’exerce que dans une vie transformée et abandonnée à Dieu.
Ainsi, l’échec des disciples devient une leçon essentielle. L’autorité donnée par Jésus ne fonctionne pas indépendamment de la foi, de la prière et d’une relation vivante avec Dieu.
Certaines situations exigent plus qu’une action extérieure : elles demandent une profondeur spirituelle intérieure. Jésus enseigne à ses disciples que le combat spirituel ne se gagne ni par l’habitude ni par la position, mais par une vie enracinée dans la prière et la confiance en Dieu.
9:30 Ils partirent de là, et traversèrent la Galilée. Jésus ne voulait pas qu'on le sût.
9:31 Car il enseignait ses disciples, et il leur dit: Le Fils de l'homme sera livré entre les mains des hommes; ils le feront mourir, et, trois jours après qu'il aura été mis à mort, il ressuscitera.
9:32 Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole, et ils craignaient de l'interroger.
Dans ce passage, nous voyons Jésus avertir pour la deuxième fois ses disciples qu’il devra souffrir, mourir, et ressusciter trois jours après. Après avoir quitté le lieu précédent, Jésus traverse la Galilée sans chercher à se faire connaître. Il ne veut pas attirer les foules, car le moment n’est plus aux miracles publics, mais à l’enseignement intérieur. Jésus consacre désormais du temps à former ses disciples, à les préparer à ce qui va arriver.
Il leur annonce clairement que le Fils de l’homme sera livré entre les mains des hommes, qu’ils le feront mourir, et que, trois jours après sa mort, il ressuscitera. Cette annonce est plus directe que la première, mais elle reste difficile à entendre. Jésus ne parle pas d’un échec, mais d’un chemin nécessaire. La souffrance et la mort ne sont pas accidentelles : elles font partie du plan de Dieu, et la résurrection en est l’aboutissement.
Malgré cette clarté, les disciples ne comprennent pas ses paroles. Leur idée du Messie reste incompatible avec celle d’un Messie souffrant. Ils s’attendent encore à un règne visible et glorieux, non à une mort humiliante. Face à cette annonce, ils sont troublés et préfèrent se taire. Ils craignent d’interroger Jésus, soit par peur de ne pas comprendre, soit parce que la réponse risquerait de confirmer une vérité qu’ils ne sont pas prêts à accepter.
Ce passage montre le contraste entre la lucidité de Jésus, qui avance volontairement vers sa mission, et l’aveuglement temporaire des disciples, qui marchent avec lui sans encore saisir le sens de la croix. La compréhension complète ne viendra qu’après la résurrection, lorsque les événements donneront enfin sens à ses paroles.
9:33 Ils arrivèrent à Capernaüm. Lorsqu'il fut dans la maison, Jésus leur demanda: De quoi discutiez-vous en chemin?
9:34 Mais ils gardèrent le silence, car en chemin ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand
Après avoir enseigné sur la prière et la dépendance à Dieu pour vaincre certains types de démons, Jésus et ses disciples reprennent la route vers Capernaüm. Sur le chemin, une discussion s’élève entre eux, mais elle ne porte pas sur l’enseignement qu’ils viennent de recevoir. Arrivés dans la maison, Jésus leur pose une question simple mais profonde :
« De quoi discutiez-vous en chemin ? »
Cette question n’est pas une demande d’information. Jésus sait déjà ce qui a occupé leurs pensées. Il cherche à amener les disciples à prendre conscience de ce qui habite leur cœur. Leur réaction est révélatrice : ils gardent le silence. Ce silence exprime à la fois la gêne et la prise de conscience que leur discussion n’était pas en accord avec l’esprit du Royaume.
En effet, en chemin, les disciples débattaient pour savoir qui était le plus grand parmi eux. Leur raisonnement est encore profondément humain : ils pensent en termes de comparaison, de hiérarchie et de compétition. Malgré leur proximité avec Jésus, malgré les miracles et les enseignements reçus, ils envisagent encore la grandeur comme une position à conquérir plutôt qu’un état du cœur à recevoir.
Ce passage met en lumière un contraste frappant : alors que Jésus parle de foi, de prière et de dépendance à Dieu, les disciples se préoccupent de leur importance personnelle. Cette question mal orientée devient le point de départ d’un long enseignement.
Dans les versets suivants, et jusqu’à la fin du chapitre 9, Jésus va répondre à cette logique humaine en redéfinissant entièrement la notion de grandeur selon Dieu : une grandeur qui passe par l’humilité, le service, la responsabilité envers les autres et une profonde purification intérieur
9:35 Alors il s'assit, appela les douze, et leur dit: Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.
Jésus répond à une discussion entre les disciples sur la grandeur. Il ne condamne pas le désir d’être le premier, mais il en transforme radicalement le sens.
Être le premier selon les hommes, c’est être au-dessus des autres, reconnu, admiré, avoir du pouvoir. Être le premier selon Dieu, c’est accepter de ne pas se mettre en avant, de ne pas chercher sa propre importance.
Jésus s’assoit et appelle les Douze : il s’adresse clairement à ses disciples, à ceux qui marchent avec lui. Et il dit : « Si quelqu’un veut… » Il n’impose rien. Jésus ne force jamais. Il s’adresse à des personnes désirantes, libres de répondre à cet appel.
Celui qui veut être le premier doit devenir le dernier :
renoncer à se placer au centre,
abandonner la recherche de prestige,
choisir l’humilité.
Et Jésus précise : « le serviteur de tous ». La vraie grandeur ne se manifeste pas dans le pouvoir, mais dans le service. Servir tous, sans distinction, sans calcul, sans attendre de reconnaissance.
Jésus ne se contente pas d’enseigner, il montre l’exemple. Lui-même est le Premier : le Fils de Dieu, le Seigneur.
Et pourtant, il s’est fait le dernier :
– il a lavé les pieds de ses disciples,
– il a touché les exclus et les rejetés,
– il a porté la croix,
– il a donné sa vie.
Ainsi, dans le Royaume de Dieu, la grandeur ne se mesure pas à la place occupée, mais à l’humilité et à l’amour. Celui qui accepte de servir est grand aux yeux de Dieu.
9:36 Et il prit un petit enfant, le plaça au milieu d'eux, et l'ayant pris dans ses bras, il leur dit:
9:37 Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants me reçoit moi-même; et quiconque me reçoit, reçoit non pas moi, mais celui qui m'a envoyé.
Après avoir enseigné l’humilité et le service, Jésus va plus loin. Il ne se contente pas de paroles : il pose un geste. Il prend un petit enfant, le place au milieu des disciples et le pris dans ses bras.
Au milieu d’hommes qui discutent de grandeur, Jésus met au centre celui qui n’a aucun statut, aucun pouvoir, aucune importance aux yeux du monde.
Ce petit représente tous les « petits » :
les enfants,
les faibles,
les oubliés,
les nouveaux dans la foi,
ceux qui dépendent des autres,
ceux qui ne se mettent pas en avant.
Jésus dit alors : « Quiconque reçoit en mon nom un de ces petits enfants me reçoit moi-même. »
Recevoir, ce n’est pas seulement accueillir extérieurement, c’est ouvrir son cœur, donner une place, prendre soin, servir. Recevoir le petit par amour pour Jésus, c’est accueillir Jésus lui-même, car il s’identifie aux plus humbles.
Et Jésus ajoute : « Et quiconque me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. »
Ainsi, accueillir le petit, c’est accueillir Jésus. Accueillir Jésus, c’est accueillir Dieu le Père. Dieu se laisse rencontrer là où l’homme choisit l’humilité, l’amour et le service.
Dans le Royaume de Dieu, la grandeur ne se trouve pas dans la domination, mais dans l’accueil. Le chemin vers Dieu passe par les plus petits.
Celui qui accepte de servir et de recevoir les faibles devient grand aux yeux de Dieu.
9:38 Jean lui dit: Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom; et nous l'en avons empêché, parce qu'il ne nous suit pas.
9:39 Ne l'en empêchez pas, répondit Jésus, car il n'est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi.
9:40 Qui n'est pas contre nous est pour nous.
9:41 Et quiconque vous donnera à boire un verre d'eau en mon nom, parce que vous appartenez à Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense.
Jean s’adresse à Jésus avec une remarque qui révèle encore une incompréhension profonde du Royaume. Il raconte qu’un homme chassait des démons au nom de Jésus, mais qu’ils l’en ont empêché, non parce qu’il faisait le mal, mais parce qu’il ne faisait pas partie du groupe des disciples.
Le problème n’est pas l’usage du nom de Jésus, mais l’absence d’appartenance au cercle des Douze. Les disciples confondent encore proximité avec Jésus et exclusivité du Royaume. Ils pensent que l’action de Dieu doit nécessairement passer par eux.
Jésus les corrige immédiatement : « Ne l’en empêchez pas. »
Il recentre la question, non sur l’appartenance visible, mais sur l’orientation du cœur. Celui qui agit véritablement en son nom ne peut pas, en même temps, se retourner contre lui. Le Royaume de Dieu n’est pas une affaire de frontières humaines, mais de fidélité à la personne de Jésus.
Quand Jésus affirme : « Qui n’est pas contre nous est pour nous »,
il ne relativise pas la vérité, mais il brise l’exclusivisme spirituel. Dieu agit parfois en dehors de nos cadres, et cela dérange ceux qui pensent contrôler son œuvre.
Puis Jésus élargit encore le propos. Il évoque un simple verre d’eau. Il montre ainsi que ce n’est pas la grandeur du geste qui compte, mais le nom dans lequel il est accompli. Donner un verre d’eau à quelqu’un parce qu’il appartient à Christ, c’est reconnaître Christ lui-même.
La récompense dont parle Jésus n’est pas un salaire humain, mais la certitude que rien de ce qui est fait en son nom n’est oublié par Dieu. Dans le Royaume, la fidélité compte plus que la visibilité, et l’amour discret a autant de valeur que les actes spectaculaires.
9:42 Mais, si quelqu'un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui mît au cou une grosse meule de moulin, et qu'on le jetât dans la mer.
Après avoir ouvert largement les frontières du Royaume, Jésus introduit un avertissement d’une sévérité frappante.
Les « petits qui croient » sont ceux dont la foi est encore fragile, mais réelle, et c’est précisément cette fragilité qui appelle une protection accrue.
Scandaliser un petit ne signifie pas simplement le choquer ou le froisser, mais provoquer sa chute, l’éloigner du chemin de la foi, l’empêcher de persévérer.
Jésus emploie une image volontairement extrême : une meule de moulin attachée au cou et une immersion définitive dans la mer.
Mieux vaudrait perdre sa propre vie que de porter la responsabilité d’avoir détruit la foi d’un autre.
Par cette parole, Jésus révèle le cœur de Dieu : le Royaume est ouvert aux humbles, mais il est impitoyable envers ceux qui, par leur influence ou leur négligence, font tomber les plus faibles. Accueillir largement n’autorise jamais à exposer les petits au danger.
9:43 Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie,
9:44 que d'avoir les deux mains et d'aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point.
9:45 Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le; mieux vaut pour toi entrer boiteux dans la vie,
9:46 que d'avoir les deux pieds et d'être jeté dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point.
9:47 Et si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le; mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu n'ayant qu'un oeil, que d'avoir deux yeux et d'être jeté dans la géhenne,
9:48 où leur ver ne meurt point, et où le feu ne s'éteint point.
Après avoir parlé de la responsabilité envers les autres, en particulier envers les plus petits, Jésus s’adresse maintenant à chacun personnellement. Il invite ses disciples à regarder ce qui, dans leur propre vie, peut les conduire à tomber ou à s’éloigner du chemin de Dieu.
Les paroles qui suivent sont fortes et frappantes : elles appellent à prendre au sérieux les choix que l’on fait et leur impact sur la vie avec Dieu. Jésus montre que suivre le Royaume ne concerne pas seulement les relations aux autres, mais aussi une conversion intérieure.
Pour nous aider à comprendre, Jésus prend des exemples concrets : la main, le pied et l’œil. Ces images frappantes nous aident à réfléchir à ce qui, dans notre vie quotidienne, peut nous éloigner de Dieu et nous faire tomber.
La main : nos actions
Quand Jésus parle de la main comme occasion de chute, il ne parle pas du corps lui-même, ni d’une mutilation physique. La main représente ce que nous faisons, nos actions, nos habitudes et nos choix. Dire « mieux vaut entrer manchot dans la vie » signifie que même si renoncer à certaines choses est difficile ou coûteux, il vaut mieux se détacher de ce qui nous fait tomber pour rester en relation avec Dieu. Entrer dans la vie, c’est entrer dans le Royaume de Dieu, la vie éternelle avec lui.
La « géhenne » et le « feu qui ne s’éteint pas » symbolisent la conséquence ultime de ceux qui refusent de se laisser transformer : la séparation définitive d’avec Dieu. Jésus nous montre que nos renoncements, même radicaux, sont préférables à garder ce qui nous détruit.
Le pied : nos choix de vie
Ensuite, Jésus parle du pied. Comme pour la main, il ne demande pas de se couper littéralement le pied. Le pied symbolise le chemin que nous choisissons dans la vie, les décisions et les directions que nous prenons. Tout ce qui nous fait tomber, nous éloigne de Dieu ou nous entraîne dans le péché est considéré comme une « occasion de chute ».
Dire « mieux vaut entrer boiteux dans la vie » signifie que même si renoncer à certains chemins ou choix est difficile, il vaut mieux se détacher de ce qui nous fait tomber pour rester en relation avec Dieu et entrer dans le Royaume.
L’œil : nos désirs et ce que nous regardons
Enfin, Jésus parle de l’œil. Il ne s’agit pas de s’arracher littéralement l’œil. L’œil représente ce que nous regardons et désirons, nos pensées et nos envies, tout ce qui peut attirer notre cœur vers le péché.
Dire « mieux vaut entrer dans le Royaume n’ayant qu’un œil » signifie que mieux vaut renoncer à ce qui nous attire vers le mal, même si c’est difficile, plutôt que de garder ce désir et de se perdre.
La phrase « où leur ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point » reprend une image de corruption et de destruction continues. Cela montre que ce qui est mauvais et non renoncé conduit à une séparation définitive d’avec Dieu. Jésus utilise ces images pour nous faire comprendre la gravité de ce qui nous éloigne de la vie avec Dieu et l’importance de renoncer à ce qui nous fait tomber.
9:49 Car tout homme sera salé de feu.
9:50 Le sel est une bonne chose; mais si le sel devient sans saveur, avec quoi l'assaisonnerez-vous?
9:51 Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres.
Quand Jésus dit : « tout homme sera salé de feu », il veut dire que chaque être humain passera par une épreuve qui révélera ce qu’il a vraiment dans le cœur. Personne n’y échappe. Ce “feu” n’est pas d’abord une punition, mais une mise à l’épreuve : il peut purifier celui qui accueille Dieu, ou au contraire montrer le vide de celui qui le refuse.
Le sel représente ce qui donne du sens et du goût à la vie : une foi vraie, vécue intérieurement, fidèle même dans l’épreuve. Si le sel perd sa saveur, cela signifie une foi extérieure, des paroles sans vie, une religion sans transformation. Elle ne sert plus à rien.
Quand Jésus dit : « ayez du sel en vous-mêmes », il appelle chacun à avoir une foi authentique, enracinée dans le cœur, qui résiste au feu des épreuves et qui transforme la manière de vivre. Cette foi conduit naturellement à la paix avec les autres, car une vie purifiée par Dieu ne produit pas la division mais la paix.