Après avoir enseigné les mystères du Royaume des cieux à travers les paraboles, Jésus passe maintenant de l'enseignement à l'action. Ce chapitre montre concrètement comment le Royaume se manifeste dans la vie quotidienne à travers les œuvres, les miracles et les épreuves.
Matthieu présente d'abord la mort de Jean-Baptiste, le précurseur du Messie. Son martyre rappelle que l'annonce de la vérité peut conduire à la persécution, mais que la fidélité à Dieu vaut plus que les compromis avec le monde.
Face à cette nouvelle, Jésus se retire à l'écart. Ce temps de solitude révèle son habitude de chercher la communion avec son Père avant d'agir. Pourtant, en voyant les foules, il est rempli de compassion et accomplit le miracle de la multiplication des pains, manifestant que le Roi du Royaume pourvoit abondamment aux besoins de ceux qui viennent à lui.
Le chapitre montre ensuite Jésus priant seul sur la montagne, tandis que les disciples affrontent une violente tempête sur le lac. En marchant sur les eaux, Jésus révèle sa souveraineté sur la création et enseigne que la foi doit demeurer ferme même au milieu des épreuves. L'expérience de Pierre rappelle que tant que le regard reste fixé sur Christ, la foi tient bon, mais qu'elle vacille lorsque les circonstances prennent toute la place.
Enfin, à Génésareth, de nombreuses personnes viennent vers Jésus avec foi. Il suffit qu'elles touchent le bord de son vêtement pour être guéries, montrant une nouvelle fois que la puissance de Dieu agit en faveur de ceux qui mettent leur confiance en lui.
Ainsi, après avoir expliqué le Royaume des cieux au chapitre 13, Matthieu montre maintenant ce Royaume à l'œuvre. À travers la fidélité de Jean-Baptiste, la compassion de Jésus, sa communion constante avec le Père, sa puissance sur la nature et ses guérisons, ce chapitre révèle que le Roi ne se contente pas d'enseigner la vérité : il la manifeste par sa vie et par ses œuvres.
14:1 En ce temps-là, Hérode le tétrarque, ayant entendu parler de Jésus, dit à ses serviteurs: C'est Jean Baptiste!
14:2 Il est ressuscité des morts, et c'est pour cela qu'il se fait par lui des miracles.
14:3 Car Hérode, qui avait fait arrêter Jean, l'avait lié et mis en prison, à cause d'Hérodias, femme de Philippe, son frère,
14:4 parce que Jean lui disait: Il ne t'est pas permis de l'avoir pour femme.
14:5 Il voulait le faire mourir, mais il craignait la foule, parce qu'elle regardait Jean comme un prophète.
14:6 Or, lorsqu'on célébra l'anniversaire de la naissance d'Hérode, la fille d'Hérodias dansa au milieu des convives, et plut à Hérode,
14:7 de sorte qu'il promit avec serment de lui donner ce qu'elle demanderait.
14:8 A l'instigation de sa mère, elle dit: Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean Baptiste.
14:9 Le roi fut attristé; mais, à cause de ses serments et des convives, il commanda qu'on la lui donne,
14:10 et il envoya décapiter Jean dans la prison.
14:11 Sa tête fut apportée sur un plat, et donnée à la jeune fille, qui la porta à sa mère.
14:12 Les disciples de Jean vinrent prendre son corps, et l'ensevelirent. Et ils allèrent l'annoncer à Jésus.
En apprenant la renommée grandissante de Jésus, Hérode est saisi par la peur. Sa conscience, marquée par la mort de Jean-Baptiste, le pousse à croire que Jésus est Jean ressuscité d'entre les morts. Cette réaction révèle combien la culpabilité peut tourmenter un cœur qui refuse de se repentir.
Jean-Baptiste avait été emprisonné parce qu'il avait eu le courage de dénoncer publiquement le péché d'Hérode, qui avait pris pour femme Hérodias, l'épouse de son frère Philippe. Fidèle à la vérité de Dieu, Jean n'a pas cherché à plaire aux hommes, mais à proclamer ce qui était juste, malgré les conséquences.
Hérodias nourrissait une profonde haine contre Jean et cherchait une occasion de le faire mourir. Lors d'un banquet célébrant l'anniversaire d'Hérode, sa fille dansa devant les invités et plut tellement au roi qu'il lui promit, sous serment, de lui accorder tout ce qu'elle demanderait. Conseillée par sa mère, elle réclama la tête de Jean-Baptiste sur un plat. Bien qu'attristé, Hérode préféra préserver son honneur devant ses convives plutôt que d'agir selon sa conscience, et il ordonna la décapitation de Jean dans sa prison.
La mort de Jean-Baptiste rappelle que la fidélité à Dieu peut conduire à la persécution. Jean n'a pas compromis la vérité pour préserver sa vie. Il est resté fidèle jusqu'au bout, devenant ainsi le premier grand martyr de la période du Nouveau Testament.
Du point de vue humain, cette mort paraît injuste. Mais du point de vue de Dieu, elle n'est pas une défaite. Jean a terminé la mission que Dieu lui avait confiée : préparer le chemin du Messie. Jésus dira d'ailleurs de lui : « Parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste » (Matthieu 11:11). Sa fidélité a été honorée par Dieu, rappelant que ceux qui demeurent fermes jusqu'à la fin recevront leur récompense éternelle.
Enfin, ce récit prépare aussi la suite de l'Évangile. Le rejet et la mort de Jean annoncent déjà ce que Jésus lui-même devra affronter. Comme son précurseur, le Messie sera rejeté par les autorités, condamné injustement et mis à mort, avant que Dieu ne manifeste pleinement sa victoire.
14:13 A cette nouvelle, Jésus partit de là dans une barque, pour se retirer à l'écart dans un lieu désert; et la foule, l'ayant su, sortit des villes et le suivit à pied.
À la nouvelle de la mort de Jean-Baptiste, Jésus quitte cet endroit pour se retirer dans un lieu désert. Ce retrait peut s'expliquer par plusieurs raisons. Tout d'abord, Jean-Baptiste n'était pas seulement le précurseur du Messie ; il était aussi un fidèle serviteur de Dieu et un proche de Jésus. La mort violente de Jean marque une étape importante dans le ministère de Jésus et annonce déjà l'hostilité grandissante des autorités envers lui. En se retirant, Jésus prend un moment à l'écart après cet événement marquant.
Ensuite, tout au long des Évangiles, Jésus se retire régulièrement dans des lieux solitaires pour prier. Ces moments de solitude sont des temps de communion profonde avec le Père, où il renouvelle ses forces et se prépare aux étapes suivantes de sa mission. Bien qu'il soit le Fils de Dieu, Jésus nous montre par son exemple l'importance de rechercher la présence du Père avant d’agir.
Enfin, ce retrait n'est pas une fuite. Malgré son désir d'être seul, les foules le suivent jusqu'au désert. Au lieu de les repousser, Jésus les accueille avec compassion et continue de répondre à leurs besoins. C'est dans ce contexte qu'aura lieu le miracle de la multiplication des pains.
Ce passage nous enseigne qu'il est bon de prendre des temps de retrait avec Dieu, surtout après les épreuves ou avant des étapes importantes. La communion avec Dieu fortifie le croyant pour mieux servir les autres. Pourtant, même dans ces moments de solitude, Jésus reste disponible à ceux qui viennent à lui, manifestant à la fois sa dépendance envers le Père et son immense compassion envers les hommes.
14:14 Quand il sortit de la barque, il vit une grande foule, et fut ému de compassion pour elle, et il guérit les malades.
14:15 Le soir étant venu, les disciples s'approchèrent de lui, et dirent: Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée; renvoie la foule, afin qu'elle aille dans les villages, pour s'acheter des vivres.
14:16 Jésus leur répondit: Ils n'ont pas besoin de s'en aller; donnez-leur vous-mêmes à manger.
14:17 Mais ils lui dirent: Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons.
14:18 Et il dit: Apportez-les-moi.
14:19 Il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Puis, il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule.
14:20 Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient.
14:21 Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants.
Lorsque Jésus descend de la barque, il voit une immense foule qui l’a suivi jusque dans ce lieu désert. Malgré le deuil qu’il traverse après avoir appris la mort de Jean-Baptiste et son désir de se retirer à l’écart, il est profondément ému de compassion. Au lieu de penser à lui-même, il accueille la foule, guérit les malades et répond à leurs besoins.
À mesure que le soir approche, les disciples constatent un problème bien réel : la foule est nombreuse, le lieu est isolé et personne n’a de quoi manger. Ils proposent donc de renvoyer les gens dans les villages voisins afin qu’ils puissent acheter de la nourriture.
Mais Jésus leur répond : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller ; donnez-leur vous-mêmes à manger. » Cette réponse met les disciples face à leur propre insuffisance. Ils ne disposent que de cinq pains et de deux poissons, une quantité dérisoire pour nourrir plusieurs milliers de personnes. Jésus les invite alors à lui remettre le peu qu’ils possèdent.
Après avoir fait asseoir la foule sur l’herbe, Jésus prend les pains et les poissons, lève les yeux vers le ciel, rend grâce à son Père, rompt les pains et les remet aux disciples, qui les distribuent à la foule. Le miracle ne se produit pas entre les mains de la foule, mais entre celles de Jésus, puis des disciples qui deviennent les instruments de sa provision. Le fait que Jésus rompe le pain annonce déjà ce qu’il accomplira lors du dernier repas avec ses disciples, où le pain représentera son corps livré pour les hommes. Ce miracle prépare ainsi la révélation de Jésus comme le véritable Pain de vie.
Tous mangent à leur faim, et il reste encore douze paniers de morceaux. Cette abondance montre que Dieu ne donne jamais avec parcimonie. Il pourvoit largement aux besoins de ceux qui viennent à lui. Les douze paniers rappellent les douze tribus d’Israël et soulignent que Jésus est le Messie venu accomplir les promesses faites à son peuple.
Ce miracle rappelle également la manne que Dieu avait donnée à Israël dans le désert à l’époque de Moïse. Comme Dieu avait nourri son peuple pendant l’Exode, Jésus nourrit maintenant une immense foule dans un lieu désert. Pour les lecteurs juifs de Matthieu, ce parallèle est particulièrement fort : Jésus accomplit les œuvres de Dieu et se révèle plus grand que Moïse. Moïse avait été l’instrument par lequel Dieu avait donné la manne, tandis que Jésus, par sa propre autorité, multiplie les pains et nourrit lui-même la foule.
Matthieu précise enfin que ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. Cette précision souligne l’ampleur exceptionnelle du miracle : la foule était en réalité bien plus nombreuse. Jésus se révèle capable de pourvoir abondamment aux besoins d’une multitude.
Ce miracle enseigne plusieurs vérités essentielles :
Jésus est rempli de compassion et prend soin des besoins physiques autant que spirituels.
Dieu peut multiplier ce qui paraît insignifiant lorsque nous le lui remettons avec foi.
Les disciples sont appelés à participer à l’œuvre de Dieu : Jésus accomplit le miracle, mais il choisit de passer par eux pour distribuer le pain.
Jésus est le véritable Pain de vie, capable de rassasier non seulement les corps, mais surtout les âmes.
Cette multiplication est la première des deux rapportées par Matthieu. La seconde, au chapitre 15, se déroulera dans un contexte davantage tourné vers les païens. Les deux miracles montrent que Jésus est d’abord venu accomplir les promesses faites à Israël, mais que son salut est destiné à s’étendre à toutes les nations. Cette mission trouvera son plein accomplissement après sa résurrection, lorsqu’il enverra ses disciples faire de toutes les nations des disciples (Matthieu 28:19).
14:22 Aussitôt après, il obligea les disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l'autre côté, pendant qu'il renverrait la foule
14:23 Quand il l'eut renvoyée, il monta sur la montagne, pour prier à l'écart; et, comme le soir était venu, il était là seul.
14:24 La barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots; car le vent était contraire.
14:25 A la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer.
14:26 Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent: C'est un fantôme! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris.
14:27 Jésus leur dit aussitôt: Rassurez-vous, c'est moi; n'ayez pas peur!
14:28 Pierre lui répondit: Seigneur, si c'est toi, ordonne que j'aille vers toi sur les eaux.
14:29 Et il dit: Viens! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus.
14:30 Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il s'écria: Seigneur, sauve-moi!
14:31 Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?
14:32 Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa.
14:33 Ceux qui étaient dans la barque vinrent se prosterner devant Jésus, et dirent: Tu es véritablement le Fils de Dieu.
Après la multiplication des pains, Jésus oblige ses disciples à monter dans la barque et à partir avant lui de l'autre côté du lac, tandis qu'il renvoie la foule. Le mot « obligea » montre que les disciples ne partent pas de leur propre initiative : c'est Jésus qui leur demande de traverser. Pourtant, cette traversée va les conduire au milieu d'une violente tempête. Cela nous rappelle qu'être dans l'obéissance à Dieu ne signifie pas être à l'abri des épreuves. Les disciples sont exactement là où Jésus leur a demandé d'être, et pourtant ils vont devoir affronter un vent contraire.
Après avoir renvoyé la foule, Jésus monte seul sur la montagne pour prier. Ce détail est particulièrement important, car il montre encore une fois la place centrale de la prière dans la vie de Jésus. Même après un grand miracle, après avoir nourri plusieurs milliers de personnes et alors que la foule voulait le faire roi selon Jean 6:15, Jésus ne cherche pas la gloire humaine. Il se retire pour être seul avec son Père. La foule voulait faire de lui un roi terrestre, mais Jésus savait que sa mission ne consistait pas à établir immédiatement un royaume politique. Son chemin passerait par la volonté du Père et finalement par la croix. Sa solitude sur la montagne devient donc un moment de communion avec le Père et de préparation pour la suite de sa mission.
Pendant ce temps, les disciples se retrouvent au milieu de la mer. Le vent leur est contraire et les vagues battent leur barque. Matthieu précise qu'ils sont encore là à la quatrième veille de la nuit, c'est-à-dire approximativement entre trois et six heures du matin. Ils luttent donc depuis plusieurs heures dans l'obscurité. Jésus semble loin d'eux, mais il n'est pas absent. Il sait exactement où ils se trouvent et vient finalement vers eux en marchant sur la mer.
Ce miracle révèle une nouvelle fois l'autorité extraordinaire de Jésus. Dans l'Ancien Testament, la maîtrise de la mer est associée à la puissance de Dieu. Jésus ne se contente donc pas de calmer les éléments : il marche lui-même sur les eaux, manifestant son autorité sur la création. Pourtant, les disciples ne le reconnaissent pas immédiatement. Effrayés par ce qu'ils voient au milieu de la nuit, ils pensent avoir affaire à un fantôme. Jésus leur dit aussitôt : « Rassurez-vous, c'est moi; n'ayez pas peur! » Avant même de faire disparaître la tempête, Jésus commence par rassurer leurs cœurs. Sa présence doit être leur première sécurité, même lorsque les circonstances restent encore difficiles.
Pierre lui demande alors de lui ordonner de venir vers lui sur les eaux. Jésus lui répond simplement : « Viens! » Pierre sort de la barque et marche sur les eaux pour aller vers Jésus. Sa foi repose ici sur une parole précise du Seigneur. Il ne sort pas de la barque parce qu'il croit en ses propres capacités, mais parce que Jésus lui a dit de venir. Tant que Pierre avance vers Jésus, il marche sur les eaux. Mais lorsqu'il porte son attention sur la force du vent, il prend peur et commence à s'enfoncer.
Cette scène montre la fragilité de la foi humaine. Pierre avait suffisamment confiance pour quitter la sécurité de la barque, mais lorsque les circonstances deviennent plus impressionnantes, sa peur prend le dessus. Il ne regarde plus seulement Jésus ; il regarde le vent et les vagues. Cette scène peut devenir une image de notre propre vie : les épreuves peuvent parfois prendre tellement de place dans notre esprit que nous perdons de vue celui qui est pourtant au milieu de l'épreuve avec nous.
Mais même dans son doute, Pierre fait quelque chose d'essentiel : il se tourne vers Jésus et crie : « Seigneur, sauve-moi! » Et Matthieu précise que Jésus étend immédiatement la main et le saisit. Jésus reprend Pierre en disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? » Cette parole n'est pas un rejet. Jésus ne laisse pas Pierre se noyer à cause de son manque de foi. Il le sauve d'abord, puis il l'enseigne. Le Seigneur montre ainsi à Pierre que sa foi doit devenir plus profonde et plus stable. La faiblesse de notre foi ne signifie donc pas que Jésus cesse d'être fidèle. Même lorsque nous doutons, il reste celui vers qui nous pouvons crier et qui tend la main pour nous secourir.
Lorsque Jésus monte dans la barque, le vent cesse. Mais le véritable sommet de cette scène n'est pas seulement l'arrêt de la tempête. C'est la réaction des disciples : ils viennent se prosterner devant Jésus et déclarent : « Tu es véritablement le Fils de Dieu. » Le miracle conduit donc à une révélation plus profonde de l'identité de Jésus. Après avoir vu sa puissance pour nourrir les foules, ils voient maintenant son autorité sur les éléments et comprennent davantage qui il est.
La barque et la tempête peuvent également être utilisées comme une image de la vie chrétienne : la traversée peut représenter le chemin de foi, le vent contraire les épreuves et les oppositions que nous rencontrons, et l'autre rive peut évoquer le but vers lequel Dieu nous conduit. Cependant, Matthieu ne dit pas explicitement que la barque représente la foi ou que cette traversée représente précisément la période entre l'ascension et le retour de Jésus. Il est donc préférable de présenter ces éléments comme des applications spirituelles plutôt que comme le sens direct du passage.
L'enseignement principal demeure néanmoins très fort : les disciples peuvent être dans l'obéissance à Jésus et pourtant traverser une tempête ; Jésus peut sembler loin sans jamais être absent ; notre foi peut vaciller sans que sa main cesse de nous secourir ; et les épreuves peuvent devenir des occasions de découvrir plus profondément qui est Jésus.
La scène commence avec Jésus seul sur la montagne en communion avec son Père et les disciples seuls dans une barque au milieu de la tempête. Elle se termine avec Jésus dans la barque, le vent arrêté, et les disciples prosternés devant lui. Tout conduit finalement à cette confession : « Tu es véritablement le Fils de Dieu. »
Ainsi, après avoir montré au chapitre 13 les mystères et le fonctionnement du Royaume des cieux, Matthieu continue au chapitre 14 à révéler l'identité et l'autorité de son Roi : Jésus nourrit les foules, prend soin des hommes, recherche la communion avec le Père, domine les éléments, secourt ceux qui crient vers lui et se révèle véritablement comme le Fils de Dieu.
14:34 Après avoir traversé la mer, ils vinrent dans le pays de Génésareth.
14:35 Les gens de ce lieu, ayant reconnu Jésus, envoyèrent des messagers dans tous les environs, et on lui amena tous les malades.
14:36 Ils le prièrent de leur permettre seulement de toucher le bord de son vêtement. Et tous ceux qui le touchèrent furent guéris.
Après avoir traversé la mer, Jésus et ses disciples arrivent dans le pays de Génésareth. Dès que les habitants reconnaissent Jésus, ils comprennent qu’il est celui dont ils ont entendu parler et qui accomplit des guérisons. Ils envoient donc des messagers dans les environs afin d’amener auprès de lui tous les malades.
Cette réaction montre que la réputation de Jésus s’est largement répandue. Les habitants ne viennent pas simplement pour l’écouter : ils savent qu’il possède une autorité et une puissance capables de répondre à leurs souffrances. Ils vont donc chercher auprès de lui ce qu’ils ne peuvent trouver ailleurs.
Matthieu précise qu’ils supplient Jésus de leur permettre seulement de toucher le bord de son vêtement. Ce geste rappelle notamment la femme malade qui avait touché le vêtement de Jésus et avait été guérie (Matthieu 9:20-22). Le vêtement n’a évidemment aucun pouvoir magique en lui-même. C’est Jésus qui guérit. Le fait de toucher son vêtement exprime leur confiance en sa puissance et leur désir de recevoir de lui la guérison.
Le texte dit alors : « Et tous ceux qui le touchèrent furent guéris. » Matthieu insiste sur l’efficacité de l’action de Jésus. Tous ceux qui viennent à lui et le touchent sont guéris. Il ne s’agit donc pas simplement d’un homme capable d’accomplir quelques guérisons exceptionnelles : son autorité sur la maladie est manifeste.
Ces guérisons montrent également que la compassion de Jésus ne concerne pas seulement les besoins spirituels des hommes. Il s’intéresse aussi à leurs souffrances physiques et intervient concrètement dans leur vie.
Enfin, ces guérisons sont des signes qui révèlent l’identité de Jésus. Elles manifestent que le Royaume des cieux annoncé au chapitre 13 est réellement à l’œuvre à travers lui. Le Roi du Royaume ne se contente pas d’enseigner : il agit avec puissance et apporte le secours à ceux qui viennent à lui avec foi.
Matthieu 14 nous montre le Royaume des cieux non plus seulement annoncé par les paroles de Jésus, mais rendu visible par ses œuvres. Après avoir révélé les mystères du Royaume au chapitre 13, Matthieu nous conduit maintenant à découvrir plus profondément celui qui en est le Roi.
Le chapitre commence avec Jean-Baptiste, fidèle à la vérité jusqu'au martyre. Sa mort montre que l'annonce du Royaume se fait dans un monde marqué par le péché, l'injustice et le rejet. Pourtant, le meurtre du serviteur de Dieu ne fait pas disparaître l'œuvre de Dieu : Jésus continue sa mission.
Jésus apparaît ensuite comme un Roi rempli de compassion. Malgré son désir de se retirer à l'écart, il accueille les foules, guérit les malades et nourrit une multitude dans un lieu désert. Avec cinq pains et deux poissons, il montre que l'insuffisance humaine n'est pas un obstacle à sa puissance. Les douze paniers restants soulignent l'abondance de sa provision et rappellent les promesses faites à Israël.
Puis Jésus se retire seul sur la montagne pour prier son Père. Pendant ce temps, ses disciples affrontent une tempête. Ils sont pourtant là où Jésus leur a demandé d'être. Cette scène montre que l'obéissance à Dieu ne nous épargne pas nécessairement les épreuves. Mais elle montre surtout que Jésus n'abandonne pas les siens. Il vient vers eux au milieu de la nuit, marche sur les eaux, rassure leurs cœurs et secourt Pierre lorsqu'il s'enfonce.
La scène atteint son sommet lorsque les disciples se prosternent devant Jésus et déclarent : « Tu es véritablement le Fils de Dieu. »
Cette confession permet de comprendre les événements précédents sous un autre regard. Celui qui nourrit les foules est aussi celui qui possède autorité sur la création. Celui qui guérit les malades est celui qui vient au secours de ceux qui crient vers lui. Celui qui prie son Père est le Fils qui accomplit parfaitement la volonté de Dieu.
Enfin, à Génésareth, les malades viennent à Jésus et sont guéris. Le chapitre se termine donc comme il s'est déroulé : Jésus agit avec autorité et compassion au milieu du peuple.
Ainsi, Matthieu 14 ne nous montre pas seulement une succession de miracles. À travers la fidélité de Jean, la compassion de Jésus, la multiplication des pains, la prière sur la montagne, la tempête, le secours apporté à Pierre et les guérisons de Génésareth, Matthieu révèle progressivement l'identité du Roi.
Le chapitre 13 nous avait montré la nature et les mystères du Royaume des cieux ; le chapitre 14 nous montre le Roi lui-même à l'œuvre. Et plus nous avançons dans l'Évangile, plus une question devient centrale : qui est réellement Jésus ?
C'est précisément cette question que la suite de l'Évangile va continuer à approfondir. Au chapitre 15, Jésus va confronter les traditions religieuses et montrer que le véritable problème de l'homme ne se trouve pas d'abord dans ce qui vient de l'extérieur, mais dans ce qui sort du cœur. Nous découvrirons également que la grâce et la puissance du Roi ne sont pas limitées à Israël : elles commencent à se manifester plus clairement en direction des nations.
Après avoir vu le Roi agir avec puissance au chapitre 14, nous allons donc maintenant écouter le Roi sonder le cœur de l'homme au chapitre 15.