Après avoir montré au chapitre 14 la puissance de Jésus à travers ses miracles, Matthieu nous conduit maintenant plus profondément dans le cœur de l’homme.
Le chapitre 15 suit une progression importante. Jésus commence par confronter les traditions humaines qui peuvent prendre la place des commandements de Dieu. Il montre ensuite que le véritable problème de l’homme ne vient pas d’abord de ce qui entre dans sa bouche, mais de ce qui sort de son cœur : le péché prend sa source à l’intérieur de l’homme.
Puis, Jésus manifeste sa grâce envers une femme étrangère, montrant que la foi véritable ne se limite pas aux frontières d’Israël. Enfin, il nourrit une nouvelle fois une grande foule, révélant sa compassion et son abondance.
Ainsi, le chapitre passe des traditions extérieures au cœur de l’homme, puis du cœur à la foi, et enfin de la foi à la grâce de Jésus. Matthieu nous montre que Jésus ne cherche pas seulement à corriger les comportements : il vient révéler ce qui se trouve réellement dans le cœur et montrer que le salut vient de lui.
15:1 Alors des pharisiens et des scribes vinrent de Jérusalem auprès de Jésus, et dirent:
15:2 Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens? Car ils ne se lavent pas les mains, quand ils prennent leurs repas.
15:3 Il leur répondit: Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre tradition?
15:4 Car Dieu a dit: Honore ton père et ta mère; et: Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort.
15:5 Mais vous, vous dites: Celui qui dira à son père ou à sa mère: Ce dont j'aurais pu t'assister est une offrande à Dieu, n'est pas tenu d'honorer son père ou sa mère.
15:6 Vous annulez ainsi la parole de Dieu au profit de votre tradition.
Les pharisiens et les scribes viennent de Jérusalem pour reprocher aux disciples de Jésus de ne pas respecter la tradition des anciens, notamment le lavage rituel des mains avant les repas. Leur question semble porter sur une pratique religieuse extérieure, mais Jésus va révéler un problème beaucoup plus profond : ils ont fini par placer leurs traditions au-dessus de la Parole de Dieu.
Jésus ne condamne pas simplement le fait d'avoir des traditions. Le problème apparaît lorsque la tradition humaine devient plus importante que le commandement de Dieu, au point de permettre de désobéir à Dieu tout en donnant une apparence religieuse à cette désobéissance.
Pour le démontrer, Jésus prend l'exemple du commandement : « Honore ton père et ta mère ». Ce commandement impliquait notamment de prendre soin de ses parents. Pourtant, certaines traditions permettaient de déclarer ses biens consacrés à Dieu le Corban et ainsi de se soustraire à l'obligation d'aider ses parents. Une pratique religieuse pouvait donc être utilisée pour contourner un commandement pourtant explicite de Dieu.
C'est pourquoi Jésus leur dit : « Vous annulez ainsi la parole de Dieu au profit de votre tradition. »
Le problème n'est donc pas seulement ce qu'ils font, mais la manière dont leur religion fonctionne : ils donnent l'impression d'honorer Dieu tout en utilisant leurs traditions pour éviter d'obéir réellement à sa Parole.
Ce passage prépare directement la suite du chapitre. Les pharisiens se préoccupent d'une pureté extérieure, liée à ce qui se passe autour du repas. Jésus va maintenant déplacer leur attention vers la véritable source de l'impureté : le cœur de l'homme. La question ne sera plus simplement : « Qu'est-ce qui entre dans l'homme ? », mais : « Qu'est-ce qui sort de lui ? »
Ainsi, Matthieu 15 commence par montrer que la vraie obéissance à Dieu ne consiste pas à respecter extérieurement des traditions religieuses, mais à laisser la Parole de Dieu gouverner réellement le cœur et la vie.
15:7 Hypocrites, Ésaïe a bien prophétisé sur vous, quand il a dit:
15:8 Ce peuple m'honore des lèvres, Mais son coeur est éloigné de moi.
15:9 C'est en vain qu'ils m'honorent, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d'hommes.
15:10 Ayant appelé à lui la foule, il lui dit: Écoutez, et comprenez.
15:11 Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme; mais ce qui sort de la bouche, c'est ce qui souille l'homme.
15:12 Alors ses disciples s'approchèrent, et lui dirent: Sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés des paroles qu'ils ont entendues?
15:13 Il répondit: Toute plante que n'a pas plantée mon Père céleste sera déracinée.
15:14 “Laissez-les: ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles; si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse.”
Après avoir montré que les pharisiens peuvent utiliser leurs traditions pour annuler la Parole de Dieu, Jésus va maintenant révéler le problème qui se trouve derrière cette attitude : leur cœur est éloigné de Dieu.
En citant le prophète Ésaïe, Jésus dit : « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi. » Le problème n'est donc pas simplement qu'ils ont de mauvaises pratiques religieuses. Ils peuvent parler de Dieu, l'honorer extérieurement et respecter de nombreuses règles, tout en ayant un cœur qui ne lui est pas réellement soumis. Leur religion devient alors extérieure : les lèvres honorent Dieu, mais le cœur ne le suit pas.
Jésus ajoute qu'ils adorent Dieu « en vain », parce qu'ils enseignent comme des commandements de Dieu des préceptes qui viennent des hommes. Il ne condamne donc pas toute tradition en elle-même, mais le fait de donner à une tradition humaine l'autorité qui appartient à la Parole de Dieu.
Jésus élargit ensuite son enseignement à la foule : « Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ; mais ce qui sort de la bouche, c'est ce qui souille l'homme. » Cette parole prépare directement l'explication qui suivra. Les pharisiens se préoccupent de ce qui entre dans le corps et de la purification extérieure, mais Jésus veut conduire les hommes vers une réalité beaucoup plus profonde : la véritable souillure vient de l'intérieur de l'homme. Ce n'est donc pas d'abord une question de nourriture ou de rituel extérieur, mais une question de cœur.
Les disciples lui signalent ensuite que les pharisiens ont été scandalisés par ses paroles. Jésus ne cherche pourtant pas à adapter son enseignement pour ne pas les offenser. Il répond : « Toute plante que n'a pas plantée mon Père céleste sera déracinée. » L'image de la plante montre que tout ce qui n'est pas établi par Dieu ne peut subsister éternellement. Dans ce contexte, Jésus vise particulièrement les enseignements et les traditions religieuses qui ne viennent pas de Dieu et qui éloignent les hommes de sa Parole. Ce qui semble solidement établi par les hommes peut pourtant être destiné à disparaître lorsqu'il n'est pas enraciné dans la volonté de Dieu.
Puis Jésus donne une seconde image : « Ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles ; si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse. » Les pharisiens sont appelés « aveugles » non parce qu'ils manquent de connaissance religieuse, mais parce qu'ils ne discernent pas correctement la volonté de Dieu, malgré leur position de guides spirituels. Leur problème est précisément qu'ils prétendent conduire le peuple alors qu'ils sont eux-mêmes éloignés de la vérité.
La fosse représente l'issue dangereuse de cet aveuglement : un mauvais guide ne met pas seulement sa propre vie en danger, il entraîne également ceux qui le suivent.
Ainsi, Jésus fait progressivement passer son enseignement de la question des traditions extérieures à la réalité du cœur, puis de la réalité du cœur à l'aveuglement spirituel. Ce que les pharisiens cherchent à purifier extérieurement révèle en réalité un problème beaucoup plus profond : l'homme a besoin que son cœur soit transformé par Dieu.
Et c'est précisément ce que Jésus va maintenant expliquer à ses disciples dans les versets suivants : qu'est-ce qui sort réellement du cœur de l'homme et qui le souille ?
15:15 Pierre, prenant la parole, lui dit: Explique-nous cette parabole.
15:16 Et Jésus dit: Vous aussi, êtes-vous encore sans intelligence?
15:17 Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche va dans le ventre, puis est jeté dans les lieux secrets?
15:18 Mais ce qui sort de la bouche vient du coeur, et c'est ce qui souille l'homme.
15:19 Car c'est du coeur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies.
15:20 Voilà les choses qui souillent l'homme; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille point l’homme.
Pierre demande à Jésus d'expliquer plus clairement son enseignement. Jésus lui montre alors que la véritable souillure ne vient pas de ce qui entre dans l'homme, mais de ce qui sort de lui.
Lorsqu'un aliment entre dans la bouche, il passe simplement par le corps. Il ne peut donc pas rendre l'homme spirituellement impur. Jésus déplace ainsi complètement la question : la pureté que Dieu recherche ne se limite pas à ce qui est extérieur, elle concerne l'intérieur de l'homme.
Jésus déclare : « Ce qui sort de la bouche vient du cœur, et c'est ce qui souille l'homme. » Le cœur, dans la pensée biblique, représente le centre intérieur de la personne : ses pensées, ses désirs, ses intentions et sa volonté. C'est de là que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les vols, les faux témoignages et les calomnies.
Jésus montre donc que les actes mauvais ne sont pas simplement des problèmes de comportement extérieur : ils prennent leur origine dans le cœur. La bouche ne fait que révéler ce qui se trouve déjà à l'intérieur.
C'est pourquoi Jésus termine en opposant clairement les deux conceptions de la pureté : manger avec des mains non lavées ne souille pas spirituellement l'homme, tandis que le mal qui vient du cœur le souille réellement.
Cette parole approfondit donc ce que Jésus venait de dire aux pharisiens : leur problème n'était pas seulement leur attachement à des traditions humaines, mais une compréhension de la pureté centrée sur l'extérieur alors que Dieu regarde au cœur.
Jésus vient donc de montrer que le véritable problème de l'homme ne se trouve pas d'abord à l'extérieur, mais dans son cœur. Il va maintenant mettre cette vérité en pratique dans la rencontre avec une femme cananéenne, considérée comme étrangère au peuple d'Israël. Cette rencontre va révéler que Dieu ne regarde pas simplement l'origine ou les apparences, mais la foi véritable.
15:21 Jésus, étant parti de là, se retira dans le territoire de Tyr et de Sidon.
15:22 Et voici, une femme cananéenne, qui venait de ces contrées, lui cria: Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon.
15:23 Il ne lui répondit pas un mot, et ses disciples s'approchèrent, et lui dirent avec insistance: Renvoie-la, car elle crie derrière nous.
15:24 Il répondit: Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël.
15:25 Mais elle vint se prosterner devant lui, disant: Seigneur, secours-moi!
15:26 Il répondit: Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens.
15:27 Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
15:28 Alors Jésus lui dit: Femme, ta foi est grande; qu'il te soit fait comme tu veux. Et, à l'heure même, sa fille fut guérie.
Après avoir montré que la véritable souillure vient du cœur et non de l’extérieur, Jésus se rend dans le territoire de Tyr et de Sidon. Ce déplacement est important : Jésus entre dans une région païenne et rencontre une femme cananéenne, donc une femme qui n'appartient pas au peuple d'Israël.
Elle vient pourtant vers lui avec une compréhension remarquable. Elle l'appelle « Seigneur » et « Fils de David », reconnaissant en lui le Messie promis à Israël. Elle lui demande d'avoir pitié d'elle parce que sa fille est cruellement tourmentée par un démon.
Jésus ne lui répond d'abord pas. Ses disciples eux-mêmes veulent qu'elle soit renvoyée.
Puis Jésus déclare : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. » Cette parole rappelle que, dans son ministère terrestre, Jésus est venu en premier lieu accomplir les promesses faites à Israël. Le salut devait commencer par le peuple choisi, conformément aux promesses de Dieu, avant de s'étendre aux nations. Cela ne signifie donc pas que les païens seraient définitivement exclus, mais que l'œuvre du Messie suit d'abord l'ordre du plan de Dieu : Israël, puis les nations.
La femme, cependant, ne se décourage pas. Elle se prosterne devant Jésus et dit simplement : « Seigneur, secours-moi ! »
Jésus lui répond alors par l'image du pain des enfants et des petits chiens. Les enfants représentent Israël, à qui les bénédictions messianiques sont données en premier, tandis que les petits chiens représentent ici les païens. Jésus ne prononce pas cette parole pour humilier cette femme, mais pour mettre en évidence la priorité donnée à Israël dans son ministère.
Et c'est précisément ici que la foi de cette femme apparaît avec une profondeur remarquable. Elle ne conteste pas l'ordre établi par Dieu. Elle répond : « Oui, Seigneur, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Elle reconnaît ainsi la priorité d'Israël, mais elle croit malgré tout que la grâce de Jésus est suffisamment abondante pour atteindre même ceux qui sont en dehors d'Israël. Elle ne réclame aucun mérite ni aucun droit ; elle s'en remet entièrement à sa miséricorde.
Jésus lui répond alors : « Femme, ta foi est grande ; qu'il te soit fait comme tu veux. » Et sa fille est guérie immédiatement.
Cette rencontre révèle donc quelque chose de très important dans la progression de Matthieu 15. Jésus vient de montrer que Dieu ne regarde pas seulement les apparences extérieures. Maintenant, dans cette région païenne, il met en lumière une foi véritable chez une personne que les barrières religieuses et ethniques auraient pu faire considérer comme extérieure.
La femme cananéenne devient ainsi un exemple frappant de foi humble, persévérante et confiante en la grâce de Jésus. Elle ne se laisse arrêter ni par le silence de Jésus, ni par l'obstacle de son origine, ni par la difficulté de sa situation. Elle continue de venir à lui jusqu'à recevoir son secours.
Ce passage prépare également une vérité qui deviendra de plus en plus claire dans l'Évangile : Jésus est venu accomplir les promesses faites à Israël, mais l'œuvre de Dieu ne s'arrêtera pas à Israël. La grâce du Messie s'étendra finalement à toutes les nations.
Et c'est justement ce qui rend la suite du chapitre intéressante : après avoir montré qu'une femme païenne peut recevoir la grâce de Jésus par la foi, Matthieu va montrer Jésus au milieu d'une grande foule, guérissant de nombreux malades et nourrissant à nouveau la multitude.
15:29 Jésus quitta ces lieux, et vint près de la mer de Galilée. Étant monté sur la montagne, il s'y assit.
15:30 Alors s'approcha de lui une grande foule, ayant avec elle des boiteux, des aveugles, des muets, des estropiés, et beaucoup d'autres malades. On les mit à ses pieds, et il les guérit;
15:31 en sorte que la foule était dans l'admiration de voir que les muets parlaient, que les estropiés étaient guéris, que les boiteux marchaient, que les aveugles voyaient; et elle glorifiait le Dieu d’Israël.
Après la rencontre avec la femme cananéenne, Jésus quitte la région de Tyr et de Sidon et revient près de la mer de Galilée. Il monte sur une montagne et s'assoit, prenant à nouveau la position de celui qui enseigne et accueille ceux qui viennent à lui.
Une grande foule s'approche alors de Jésus en amenant des boiteux, des aveugles, des muets, des estropiés et beaucoup d'autres malades. Matthieu précise qu'« on les mit à ses pieds ». Cette expression est très forte. Ceux qui ne peuvent venir seuls sont amenés jusqu'à Jésus et déposés devant lui. La foule reconnaît ainsi que Jésus est leur dernier recours et que la guérison dépend de lui.
Matthieu résume son action avec une simplicité impressionnante : « Et il les guérit. »
Les conséquences sont immédiatement visibles : les muets parlent, les estropiés sont guéris, les boiteux marchent et les aveugles voient. Jésus manifeste une autorité complète sur différentes formes de maladie et de handicap. Rien ne semble dépasser sa puissance.
Ces guérisons rappellent également les signes annoncés par les prophètes concernant les temps du salut. Ésaïe annonçait que les yeux des aveugles s'ouvriraient, que les oreilles des sourds s'ouvriraient et que le boiteux sauterait. Les œuvres de Jésus témoignent donc une nouvelle fois de son identité messianique.
Mais Matthieu ajoute un détail particulièrement intéressant : « Et elle glorifiait le Dieu d'Israël. » Cette expression prend une force particulière après la rencontre avec la femme cananéenne. Dans cette région où se trouvent probablement de nombreux non-Juifs, des personnes voient les œuvres de Jésus et en viennent à glorifier le Dieu d'Israël.
On voit ainsi se dessiner progressivement quelque chose que Matthieu développera jusqu'à la fin de son Évangile : Jésus est bien le Messie promis à Israël, mais les bénédictions apportées par le Messie commencent à atteindre les nations.
La progression avec le passage précédent est donc très belle. Une femme cananéenne vient d'abord seule vers Jésus et reçoit la délivrance de sa fille par la foi. Maintenant, une multitude vient à ses pieds et voit sa puissance se manifester.
Et cela prépare directement la seconde multiplication des pains : Jésus ne va pas seulement guérir cette foule, il va également la nourrir.
Ces guérisons peuvent également nous rappeler spirituellement ce que Christ accomplit dans une vie : il ouvre les yeux de celui qui était aveugle à la vérité, relève celui qui ne pouvait marcher et donne une voix à celui qui vient désormais glorifier Dieu. Cependant, le sens premier du passage reste bien celui de guérisons physiques réelles manifestant la puissance et la compassion de Jésus.
15:32 Jésus, ayant appelé ses disciples, dit: Je suis ému de compassion pour cette foule; car voilà trois jours qu'ils sont près de moi, et ils n'ont rien à manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur que les forces ne leur manquent en chemin.
15:33 Les disciples lui dirent: Comment nous procurer dans ce lieu désert assez de pains pour rassasier une si grande foule?
15:34 Jésus leur demanda: Combien avez-vous de pains? Sept, répondirent-ils, et quelques petits poissons.
15:35 Alors il fit asseoir la foule par terre,
15:36 prit les sept pains et les poissons, et, après avoir rendu grâces, il les rompit et les donna à ses disciples, qui les distribuèrent à la foule.
15:37 Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta sept corbeilles pleines des morceaux qui restaient.
15:38 Ceux qui avaient mangé étaient quatre mille hommes, sans les femmes et les enfants.
15:39 Ensuite, il renvoya la foule, monta dans la barque, et se rendit dans la contrée de Magadan.
Après les nombreuses guérisons, Jésus porte maintenant son attention sur un autre besoin de la foule : elle a faim. Depuis trois jours, ces personnes demeurent auprès de lui et Jésus déclare lui-même : « Je suis ému de compassion pour cette foule. » Contrairement à la première multiplication des pains, où les disciples avaient attiré l’attention de Jésus sur le problème, ici c’est Jésus qui prend l’initiative. Il connaît la fatigue de ceux qui sont auprès de lui et refuse de les renvoyer à jeun, de peur qu’ils ne manquent de forces en chemin. Sa compassion ne se limite donc pas à leurs maladies ou à leurs besoins spirituels : il prend également soin de leurs besoins physiques.
La réaction des disciples est cependant surprenante : « Comment nous procurer dans ce lieu désert assez de pains pour rassasier une si grande foule ? » Ils ont pourtant déjà assisté à la multiplication des cinq pains et des deux poissons. Cela montre combien leur foi est encore en apprentissage. Ils ont vu Jésus accomplir l’impossible, mais devant un nouveau besoin, ils regardent encore premièrement à l’insuffisance de leurs ressources. Une expérience passée de la puissance de Dieu ne garantit pas automatiquement une confiance parfaite devant l’épreuve suivante : la foi doit apprendre à se souvenir de ce que Dieu a déjà accompli.
Jésus leur demande alors : « Combien avez-vous de pains ? » Ils répondent qu’ils possèdent sept pains et quelques petits poissons. Comme lors de la première multiplication, les ressources humaines sont totalement insuffisantes devant l’immensité du besoin. Pourtant, Jésus ne leur demande pas ce qu’ils n’ont pas : il prend ce qu’ils possèdent et va montrer que le peu placé entre ses mains peut devenir suffisant pour une multitude.
Jésus fait alors asseoir la foule par terre, prend les sept pains et les poissons, rend grâce, rompt les pains et les donne aux disciples, qui les distribuent à la foule. On retrouve presque exactement le même mouvement que lors de la première multiplication : Jésus prend, rend grâce, rompt, donne aux disciples, et les disciples distribuent. Jésus demeure la source de la provision, tandis que les disciples deviennent les instruments par lesquels cette provision atteint la foule. Ils ne peuvent pas produire eux-mêmes ce dont les hommes ont besoin ; ils peuvent seulement transmettre ce qu’ils ont d’abord reçu de Jésus.
Le fait que Jésus rompe le pain peut également rappeler le dernier repas avec ses disciples, où il rompra le pain en annonçant le don de son corps. Cependant, rompre le pain était aussi le geste normal pour le partager. Il est donc préférable d’y voir un rapprochement avec la Cène et le don de Jésus plutôt que d’affirmer que ce geste représente directement la crucifixion. Dans les deux cas, une même vérité apparaît : ce que Jésus donne vient de lui et devient une source de vie pour ceux qui le reçoivent.
Matthieu précise ensuite : « Tous mangèrent et furent rassasiés. » Jésus ne donne pas simplement quelques morceaux permettant à la foule de patienter. Il nourrit chacun jusqu’à ce que tous soient rassasiés. Et après le repas, il reste encore sept corbeilles pleines de morceaux. La provision de Jésus dépasse donc le besoin initial : ce qui paraissait insuffisant au commencement devient abondant entre ses mains.
Cette seconde multiplication rappelle évidemment celle du chapitre 14, mais le contexte est différent. La première avait lieu dans un cadre principalement israélite et s’était terminée avec douze paniers. Ici, après la rencontre avec la femme cananéenne et les guérisons accomplies dans un contexte davantage tourné vers les non-Juifs, Jésus nourrit une nouvelle multitude. Il faut rester prudent et ne pas affirmer que chaque personne présente était païenne, mais Matthieu place clairement ce miracle dans une section où l’ouverture vers les nations devient de plus en plus visible.
Il existe d’ailleurs un rapprochement particulièrement beau avec la femme cananéenne. Quelques versets auparavant, elle disait que
« les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Elle demandait seulement une miette de la grâce du Messie et Jésus avait répondu à sa foi. Maintenant, quelques versets plus loin, une multitude reçoit du pain jusqu’à être rassasiée, et il reste encore sept corbeilles pleines. La grâce de Jésus n’est pas pauvre ni limitée : même après avoir rassasié une multitude, il en reste encore.
Enfin, Matthieu précise que quatre mille hommes ont mangé, sans compter les femmes et les enfants. Comme lors de la première multiplication, cette précision souligne l’immensité du miracle : la foule réelle était encore plus importante. Sept pains et quelques poissons étaient humainement incapables de nourrir une telle multitude, mais Jésus montre une nouvelle fois que ses ressources ne sont pas limitées par celles des hommes.
Après avoir nourri la foule, Jésus la renvoie, monte dans la barque et se rend dans la région de Magadan. Le miracle est terminé et Jésus poursuit sa mission. Le passage s’achève ainsi simplement : une foule affamée est venue auprès de Jésus, sa compassion s’est manifestée, tous ont mangé, tous ont été rassasiés, et ce qui semblait insuffisant est devenu abondant entre ses mains.
Matthieu 15 suit une progression très claire. Jésus commence par confronter les traditions religieuses des pharisiens pour montrer que l’on peut paraître proche de Dieu extérieurement tout en ayant le cœur éloigné de lui. Il révèle ensuite que la véritable souillure ne vient pas de ce qui entre dans l’homme, mais de ce qui sort de son cœur. Le véritable problème de l’homme est donc intérieur.
Cette vérité est immédiatement illustrée par la femme cananéenne. Alors que les chefs religieux d’Israël refusent de reconnaître Jésus, cette femme étrangère vient à lui avec humilité et persévérance. Jésus loue sa grande foi et guérit sa fille. Matthieu montre ainsi que la grâce de Dieu atteint celui qui vient véritablement à Christ avec foi, quelle que soit son origine.
Cette ouverture se poursuit avec les nombreuses guérisons puis la seconde multiplication des pains. Après les « miettes » demandées par la femme cananéenne, une multitude est maintenant rassasiée et il reste encore des corbeilles pleines. La grâce de Jésus est abondante et commence à dépasser visiblement les frontières d’Israël.
Le chemin du chapitre est donc profond : des traditions extérieures, Jésus conduit au cœur ; du cœur, il conduit à la véritable foi ; et de la foi, il révèle l’abondance de sa grâce.
Le chapitre 16 va alors pousser la révélation encore plus loin. Les chefs religieux demanderont un signe malgré tout ce qu’ils ont déjà vu, Jésus avertira ses disciples contre leurs faux enseignements, puis viendra la question centrale : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Pierre confessera Jésus comme le Christ, le Fils du Dieu vivant. Mais Jésus révélera ensuite que le Christ doit souffrir, mourir et ressusciter, et que le suivre signifie renoncer à soi-même et prendre sa croix.
Après avoir révélé le cœur de l’homme au chapitre 15, Matthieu 16 va donc révéler plus profondément l’identité de Jésus et ce que signifie véritablement le suivre.