Le chapitre 16 marque une étape très importante dans l’Évangile de Matthieu. Après avoir révélé ce qui se trouve dans le cœur de l’homme au chapitre précédent, Jésus va maintenant conduire ses disciples vers une compréhension plus profonde de son identité et de sa mission.
Le chapitre commence par montrer l’aveuglement spirituel des chefs religieux qui, malgré tous les signes déjà accomplis par Jésus, réclament encore une preuve. Jésus avertit ensuite ses disciples du danger des faux enseignements des pharisiens et des sadducéens.
Puis vient un moment décisif : Pierre confesse que Jésus est « le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Cette déclaration ouvre une nouvelle étape dans l’enseignement de Jésus. Pour la première fois, il annonce clairement à ses disciples qu’il devra souffrir, être mis à mort et ressusciter.
Matthieu 16 nous conduit ainsi de l’aveuglement à la révélation, puis de la révélation de l’identité de Jésus à celle de sa mission. Mais les disciples devront encore comprendre une vérité essentielle : reconnaître Jésus comme le Christ signifie aussi accepter le chemin de la croix et apprendre ce que signifie réellement le suivre.
16:1 Les pharisiens et les sadducéens abordèrent Jésus et, pour l'éprouver, lui demandèrent de leur faire voir un signe venant du ciel.
16:2 Jésus leur répondit: Le soir, vous dites: Il fera beau, car le ciel est rouge; et le matin:
16:3 Il y aura de l'orage aujourd'hui, car le ciel est d'un rouge sombre. Vous savez discerner l'aspect du ciel, et vous ne pouvez discerner les signes des temps.
16:4 Une génération méchante et adultère demande un miracle; il ne lui sera donné d'autre miracle que celui de Jonas. Puis il les quitta, et s'en alla.
Les pharisiens et les sadducéens viennent ensemble auprès de Jésus pour lui demander un signe venant du ciel. Cette association est déjà remarquable, car ces deux groupes religieux étaient profondément différents. Les pharisiens accordaient une grande importance à la Loi ainsi qu’aux traditions transmises par les anciens, tandis que les sadducéens rejetaient notamment la résurrection et l’existence des anges. Malgré leurs désaccords, ils se retrouvent ici unis dans leur opposition à Jésus.
Matthieu précise surtout qu’ils viennent « pour l’éprouver ». Leur demande n’est donc pas celle de personnes qui cherchent sincèrement à savoir si Jésus est le Messie. Ils veulent le mettre à l’épreuve en lui demandant un signe venant du ciel, probablement une manifestation spectaculaire qui prouverait selon eux que son autorité vient véritablement de Dieu.
Pourtant, leur demande révèle précisément leur aveuglement. Ils ont déjà devant eux de nombreux signes : Jésus guérit les malades, délivre les démoniaques, rend la vue aux aveugles, nourrit miraculeusement des foules et accomplit les œuvres annoncées concernant les temps messianiques. Le problème n’est donc pas l’absence de signes, mais leur refus de reconnaître ceux que Dieu leur a déjà donnés.
Jésus utilise alors une image tirée de leur vie quotidienne. Ils savent observer la couleur du ciel et en déduire le temps qu’il fera. Ils sont donc capables d’interpréter les signes naturels qui se trouvent devant leurs yeux, mais incapables de « discerner les signes des temps ». Autrement dit, ils savent lire le ciel, mais ils ne savent pas reconnaître ce que Dieu est en train d’accomplir sous leurs yeux.
Les prophéties s’accomplissent, Jean-Baptiste a préparé le chemin du Messie, les œuvres de Jésus manifestent une autorité extraordinaire, et pourtant les chefs religieux réclament encore une preuve supplémentaire. Leur problème est donc spirituel : ils voient les signes, mais refusent d’en accepter la signification.
C’est pourquoi Jésus les appelle une « génération méchante et adultère ». Dans le langage biblique, l’adultère peut désigner l’infidélité du peuple envers Dieu. Ceux qui devraient reconnaître l’action de Dieu sont tellement éloignés de lui qu’ils ne reconnaissent pas celui qu’il a envoyé.
Jésus déclare alors qu’aucun autre signe ne leur sera donné, sinon « le signe de Jonas ». Jésus avait déjà expliqué cette expression en Matthieu 12:40 : comme Jonas avait été trois jours et trois nuits dans le ventre du grand poisson, le Fils de l’homme serait dans le sein de la terre. Le signe suprême sera donc sa mort suivie de sa résurrection.
Cette parole est particulièrement importante dans le chapitre 16, car elle prépare déjà ce que Jésus révélera plus clairement quelques versets plus loin. Après que Pierre aura reconnu en lui « le Christ, le Fils du Dieu vivant », Jésus commencera à annoncer ouvertement à ses disciples qu’il devra souffrir, mourir et ressusciter.
Ainsi, le chapitre commence par un contraste qui va traverser toute la suite : les chefs religieux demandent encore un signe parce qu’ils ne reconnaissent pas Jésus, tandis que les disciples vont progressivement être conduits à comprendre qui il est réellement. La grande question du chapitre commence donc déjà à apparaître : face à tous les signes accomplis, qui reconnaîtra véritablement Jésus ?
16:5 Les disciples, en passant à l'autre bord, avaient oublié de prendre des pains.
16:6 Jésus leur dit: Gardez-vous avec soin du levain des pharisiens et des sadducéens.
16:7 Les disciples raisonnaient en eux-mêmes, et disaient: C'est parce que nous n'avons pas pris de pains.
16:8 Jésus, l'ayant connu, dit: Pourquoi raisonnez-vous en vous-mêmes, gens de peu de foi, sur ce que vous n'avez pas pris de pains?
16:9 Etes-vous encore sans intelligence, et ne vous rappelez-vous plus les cinq pains des cinq mille hommes et combien de paniers vous avez emportés,
16:10 ni les sept pains des quatre mille hommes et combien de corbeilles vous avez emportées?
16:11 Comment ne comprenez-vous pas que ce n'est pas au sujet de pains que je vous ai parlé? Gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens.
16:12 Alors ils comprirent que ce n'était pas du levain du pain qu'il avait dit de se garder, mais de l'enseignement des pharisiens et des sadducéens.
Lorsque les disciples passent sur l’autre rive, ils se rendent compte qu’ils ont oublié de prendre des pains. Ce détail paraît banal, mais il va révéler quelque chose de plus profond : malgré tout ce qu’ils ont déjà vu Jésus accomplir, leur pensée reste encore facilement attachée aux préoccupations matérielles.
Jésus leur dit alors : « Gardez-vous avec soin du levain des pharisiens et des sadducéens. » Il ne parle évidemment pas du levain utilisé pour fabriquer du pain. Le levain devient ici une image de l’influence d’un enseignement. Une petite quantité de levain pénètre toute la pâte et finit par la transformer. De la même manière, une fausse doctrine ou une mauvaise manière de penser peut sembler petite au commencement, mais progressivement influencer toute la vie spirituelle d’une personne.
Cependant, les disciples ne comprennent pas immédiatement. Parce qu’ils viennent d’oublier le pain, ils pensent que Jésus leur reproche simplement de ne pas en avoir apporté. Leur raisonnement reste au niveau matériel alors que Jésus cherche à leur parler d’une réalité spirituelle.
C’est pourquoi Jésus leur dit : « Pourquoi raisonnez-vous en vous-mêmes, gens de peu de foi, sur ce que vous n’avez pas pris de pains ? » Leur problème n’est pas simplement un manque d’intelligence, mais aussi un manque de foi. Après tout ce qu’ils viennent de vivre, pourquoi devraient-ils encore être préoccupés par le manque de nourriture lorsqu’ils sont avec Jésus ?
Il leur rappelle alors volontairement les deux multiplications : les cinq pains pour les cinq mille hommes, puis les sept pains pour les quatre mille. Il leur demande même de se souvenir du nombre de paniers et de corbeilles qui restaient. Jésus veut leur faire comprendre : le pain matériel n’est pas le problème. Ils ont déjà vu deux fois qu’il est capable de nourrir une multitude avec presque rien et qu’il reste même de la nourriture après que tous ont été rassasiés.
Il y a donc presque une contradiction dans leur inquiétude : ils sont dans la barque avec celui qui vient de multiplier les pains, mais ils s’inquiètent parce qu’ils ont oublié du pain. Ils ont vu les miracles, mais ils n’en ont pas encore pleinement compris les conséquences concernant l’identité et la puissance de Jésus.
C’est alors que Jésus revient à son véritable avertissement : « Gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens. »
Cette fois, les disciples comprennent. Matthieu précise lui-même au verset 12 que Jésus ne parlait pas du levain du pain, mais « de l’enseignement des pharisiens et des sadducéens ». Le danger est donc spirituel. Les pharisiens et les sadducéens avaient des doctrines différentes et étaient même opposés sur plusieurs questions, mais ils partageaient ici le même aveuglement concernant Jésus. Les pharisiens pouvaient remplacer la volonté de Dieu par leurs traditions humaines, comme Jésus vient de le montrer au chapitre 15. Les sadducéens rejetaient notamment la résurrection et certaines réalités spirituelles. Malgré leurs différences, les deux groupes pouvaient détourner les hommes de la vérité concernant Dieu et surtout de la reconnaissance du Messie qui se trouvait devant eux.
C’est précisément ce que Jésus veut empêcher chez ses disciples. Il ne suffit pas d’être physiquement près de Jésus ; leur manière de penser doit également être transformée. Ils doivent apprendre à discerner ce qui vient de Dieu et ce qui vient des hommes.
Il y a d’ailleurs un contraste très fort dans ce passage. Les disciples pensent : « Nous n’avons pas de pain. » Jésus pense : « Attention au levain. » Eux voient leur besoin matériel immédiat ; Jésus voit le danger spirituel beaucoup plus profond. Le manque de pain ne devrait plus les effrayer puisqu’ils connaissent celui qui peut le multiplier. En revanche, un enseignement faux doit réellement les inquiéter parce qu’il peut progressivement déformer leur compréhension de Dieu.
Ce passage prépare parfaitement la suite. Après avoir averti ses disciples contre ceux qui ne reconnaissent pas Jésus, Jésus va maintenant les conduire à Césarée de Philippe et leur poser la question décisive : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? »
On arrive ainsi au cœur du chapitre 16. Après l’aveuglement des chefs religieux, puis l’avertissement contre leurs enseignements, vient maintenant la révélation de la véritable identité de Jésus. Et c’est Pierre qui va prendre la parole : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
C’est vraiment là que le chapitre commence à monter vers son point central.
16:13 Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples: Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l'homme?
16:14 Ils répondirent: Les uns disent que tu es Jean Baptiste; les autres, Élie; les autres, Jérémie, ou l'un des prophètes.
16:15 Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis?
16:16 Simon Pierre répondit: Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant
Jésus arrive avec ses disciples dans le territoire de Césarée de Philippe et leur pose une question : « Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme ? » Cette question permet d’abord de faire apparaître les différentes opinions qui circulaient à son sujet. Certains pensaient qu’il était Jean-Baptiste revenu à la vie, comme Hérode l’avait lui-même imaginé après la mort de Jean. D’autres pensaient à Élie, le grand prophète dont le retour était associé à l’attente du jour du Seigneur. D’autres encore voyaient en Jésus Jérémie ou l’un des prophètes.
Toutes ces réponses ont quelque chose en commun : les hommes reconnaissent que Jésus est quelqu’un d’exceptionnel, mais ils ne comprennent pas encore pleinement qui il est. Ils le placent parmi les grands prophètes, alors qu’il est bien plus qu’un prophète.
Jésus rend alors la question beaucoup plus personnelle : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? »
Après tout ce que les disciples ont entendu et vu depuis qu’ils suivent Jésus, quelle conclusion ont-ils tirée ? Ils ont entendu son enseignement, vu ses guérisons, ses délivrances, les multiplications des pains, son autorité sur la mer et beaucoup d’autres signes. Ils ne peuvent donc plus simplement répéter ce que les autres pensent de lui : ils doivent maintenant reconnaître eux-mêmes son identité.
Simon Pierre répond au nom des disciples : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
Le mot « Christ » signifie l’Oint, le Messie attendu et promis par Dieu. Pierre ne voit donc plus Jésus simplement comme un prophète parmi les autres : il reconnaît en lui celui que Dieu avait promis d’envoyer.
Mais Pierre va encore plus loin en déclarant : « le Fils du Dieu vivant ». Jésus entretient une relation unique avec le Père et son identité dépasse celle de tous les prophètes qui l’ont précédé. Pierre reconnaît ainsi en Jésus non seulement le Messie attendu, mais le Fils de Dieu.
Cette confession constitue un moment décisif dans l’Évangile. Depuis plusieurs chapitres, une question revient constamment à travers les paroles et les œuvres de Jésus : qui est réellement cet homme ? Les foules s’interrogent, les chefs religieux le rejettent, les disciples eux-mêmes ont parfois du mal à comprendre. Ici, Pierre donne enfin la réponse centrale : Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant.
Le contraste avec le début du chapitre est donc très fort. Les pharisiens et les sadducéens avaient devant eux Jésus et réclamaient encore un signe parce qu’ils ne discernaient pas son identité. Jésus avait ensuite averti ses disciples de se garder de leur enseignement. Maintenant, Pierre reconnaît celui que les chefs religieux n’ont pas su reconnaître.
Mais cette confession n’est pas encore la fin de leur apprentissage. Les disciples commencent à comprendre qui est Jésus, mais ils doivent encore comprendre ce que signifie être le Christ. Ils imaginent encore difficilement qu’un Messie puisse souffrir et mourir.
C’est justement ce que Jésus va leur révéler dans la suite du chapitre : le Christ qu’ils viennent de reconnaître est aussi celui qui devra aller à Jérusalem, souffrir, être mis à mort et ressusciter.
Ainsi, la question « Qui dites-vous que je suis ? » marque véritablement un tournant : avant d’expliquer clairement le chemin de la croix, Jésus conduit d’abord ses disciples à reconnaître qui est celui qui va prendre cette croix.
16:17 Jésus, reprenant la parole, lui dit: Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux.
Après la confession de Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », Jésus lui répond : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. »
Jésus déclare Pierre « heureux », c’est-à-dire béni, parce qu’il vient de reconnaître une vérité fondamentale que beaucoup autour de Jésus n’ont pas comprise. Les foules avaient différentes opinions sur lui, et les chefs religieux venaient encore de réclamer un signe. Pierre, lui, vient de reconnaître que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant.
Mais Jésus lui fait immédiatement comprendre que cette connaissance ne vient pas simplement de lui-même : « Ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela. » L’expression « la chair et le sang » désigne ici ce qui vient de l’homme. Pierre n’est pas arrivé à cette confession simplement parce qu’un homme lui aurait enseigné que Jésus était le Messie, ni parce qu’il aurait suivi l’opinion populaire. D’ailleurs, l’opinion populaire était justement différente : certains voyaient en Jésus Jean-Baptiste, Élie, Jérémie ou un autre prophète.
Jésus révèle alors la véritable source de cette compréhension : « C’est mon Père qui est dans les cieux. »
Pierre a certainement vu les miracles de Jésus, entendu ses enseignements et vécu de nombreux événements avec lui. Tout cela a contribué à sa compréhension. Mais Jésus montre qu’au-delà de ce qu’il a vu extérieurement, Dieu lui-même lui a ouvert les yeux sur la véritable identité de Jésus.
C’est important dans le fil conducteur du chapitre. Quelques versets auparavant, Jésus reprochait aux pharisiens et aux sadducéens de ne pas savoir « discerner les signes des temps ». Ils avaient eux aussi vu des signes, mais ils restaient aveugles concernant l’identité de Jésus. Pierre a vu les mêmes œuvres, mais il arrive à une conclusion complètement différente.
Cela montre qu’être témoin des œuvres de Dieu ne suffit pas automatiquement à produire la foi. Les signes sont là, mais le cœur doit aussi être éclairé pour comprendre ce qu’ils révèlent.
Pierre est donc heureux parce qu’il a reçu de Dieu la révélation de l’identité du Christ. Cependant, la suite du chapitre va montrer quelque chose de très important : recevoir une révélation juste sur l’identité de Jésus ne signifie pas encore avoir tout compris.
Pierre sait maintenant qui est Jésus, mais lorsqu’il apprendra que Jésus doit souffrir et mourir, il s’y opposera. Jésus lui dira alors qu’il ne comprend pas les choses selon Dieu, mais selon les hommes.
Il y a donc une progression remarquable chez Pierre : Dieu lui révèle qui est Jésus, mais Pierre doit encore apprendre à comprendre le plan de Dieu concernant Jésus. La révélation de l’identité du Christ doit maintenant conduire à la compréhension de sa mission.
16:18 Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle.
16:19 Je te donnerai les clefs du royaume des cieux: ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux.
Après avoir déclaré que la confession de Pierre lui a été révélée par le Père, Jésus poursuit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Il y a ici un jeu de mots entre « Pierre » et « pierre ». Jésus attribue à Pierre une place particulière dans l’établissement de l’Église. Pierre deviendra effectivement l’un des principaux responsables parmi les premiers disciples.
La phrase « sur cette pierre je bâtirai mon Église » a été interprétée de différentes manières dans l’histoire chrétienne. Certains comprennent la pierre comme Pierre lui-même dans le rôle particulier que Jésus lui confie ; d’autres mettent davantage l’accent sur sa confession : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » On peut également comprendre que Pierre joue un rôle de fondement précisément en tant que témoin et confesseur de cette vérité.
Mais un élément reste très clair dans la phrase : Jésus dit « je bâtirai mon Église ». Pierre reçoit un rôle important, mais c’est Jésus qui construit l’Église et elle lui appartient.
Jésus ajoute : « Les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. »
Le « séjour des morts » traduit ici l’Hadès, c’est-à-dire le domaine des morts. Jésus affirme donc que même la mort ne pourra finalement vaincre l’Église qu’il bâtit. Cette déclaration prend encore plus de sens lorsque Jésus annonce quelques versets plus loin sa propre mort et sa résurrection.
Jésus dit ensuite à Pierre : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. »
Une clé permet d’ouvrir une porte. L’image représente donc une autorité et une responsabilité confiées par Jésus. Pierre aura un rôle particulier dans l’ouverture du Royaume par l’annonce de l’Évangile.
Le livre des Actes permet de voir cette responsabilité se manifester dans trois grandes étapes, que l’on peut retenir comme trois clés :
🔑 1. Les Juifs, Actes 2
À la Pentecôte, Pierre annonce publiquement Jésus crucifié et ressuscité. Environ trois mille personnes reçoivent son message et sont baptisées.
🔑 2. Les Samaritains, Actes 8
Lorsque les Samaritains reçoivent l’Évangile, Pierre et Jean viennent auprès d’eux. Pierre participe ainsi à cette nouvelle étape dans l’expansion de l’Église.
🔑 3. Les païens, Actes 10
Dieu conduit Pierre auprès de Corneille, un non-Juif. Pendant que Pierre annonce Jésus, le Saint-Esprit descend sur ceux qui l’écoutent. Pierre comprend alors que Dieu accueille également les nations.
On voit ainsi une progression : Les Juifs → les Samaritains → les païens. Il ne faut cependant pas comprendre les « clés » comme si Pierre pouvait décider personnellement qui mérite d’entrer dans le Royaume. C’est Dieu qui sauve. Pierre reçoit une responsabilité particulière dans l’annonce de l’Évangile et dans ces grandes étapes de l’ouverture du Royaume.
Jésus poursuit : « Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. »
Dans le langage juif, « lier » et « délier » pouvaient servir à déclarer ce qui était interdit ou permis.
On peut donc retenir simplement :
Lier = reconnaître ce qui n’est pas conforme à la volonté de Dieu.
Délier = reconnaître ce qui est conforme à la volonté de Dieu.
Jésus confie ainsi à Pierre une véritable responsabilité, mais Pierre ne peut pas inventer ses propres règles et obliger ensuite Dieu à les approuver. Son autorité vient de Christ et reste soumise à la volonté de Dieu.
Pierre reçoit donc ici une responsabilité particulière, mais cette autorité ne doit jamais être séparée de celle de Christ.
16:20 Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ.
16:21 Dès lors Jésus commença à faire connaître à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il souffrît beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât le troisième jour.
Après la confession de Pierre, Jésus recommande à ses disciples de ne dire à personne qu’il est le Christ. Cela peut sembler étonnant. Pierre vient enfin de reconnaître correctement son identité, alors pourquoi Jésus leur interdit-il maintenant de l’annoncer ?
Parce que le titre de « Christ » pouvait facilement être mal compris. Beaucoup attendaient un Messie puissant qui délivrerait Israël et établirait son règne. Si les disciples commencent simplement à proclamer que Jésus est le Christ sans comprendre sa véritable mission, ils risquent de transmettre une image incomplète du Messie.
Et justement, eux-mêmes ne comprennent pas encore pleinement ce que signifie être le Christ. C’est pourquoi Matthieu écrit : « Dès lors Jésus commença à faire connaître à ses disciples… » Cette expression marque un véritable tournant. Jusqu’ici, Jésus a progressivement conduit ses disciples à découvrir son identité. Maintenant qu’ils ont reconnu qu’il est le Christ, il commence à leur révéler clairement sa mission.
Et cette mission va complètement bouleverser leur conception du Messie. Jésus leur annonce qu’« il fallait » qu’il aille à Jérusalem, qu’il souffre beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite le troisième jour.
Le mot « il fallait » est important. Jésus ne présente pas sa mort comme un accident imprévisible. Il sait où il va et ce qui l’attend. La croix fait partie du plan de Dieu annoncé dans les Écritures, notamment à travers la figure du serviteur souffrant d’Ésaïe 53.
Jésus annonce quatre éléments très clairement :
Jérusalem → la souffrance → la mort → la résurrection. La croix ne sera donc pas la preuve que sa mission a échoué. Elle fera partie de l’accomplissement même de sa mission. Jésus ne vient pas simplement établir une victoire politique sur Rome : il vient accomplir une œuvre beaucoup plus profonde qui conduira à la victoire sur le péché et la mort.
Mais Jésus ne leur annonce pas seulement sa mort. Dès la première annonce, il leur donne aussi l’issue : « il ressuscitât le troisième jour. » La souffrance et la mort ne seront donc pas la fin. La croix conduit à la résurrection.
Pourtant, les disciples ne comprennent pas encore réellement ce que Jésus vient de leur dire. Ils entendent ses paroles, mais leur conception du Messie rend l’idée d’un Christ souffrant et mis à mort extrêmement difficile à accepter. Ils semblent surtout retenir l’annonce de la souffrance et de la mort sans saisir pleinement celle de la résurrection.
C’est d’ailleurs pour cela que Jésus leur annoncera encore plusieurs fois sa mort et sa résurrection au cours de son chemin vers Jérusalem. Il les prépare progressivement à une réalité qu’ils ont beaucoup de difficulté à intégrer.
Et la réaction de Pierre va immédiatement le montrer.
Quelques instants auparavant, Pierre déclarait : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Mais lorsqu’il entend que ce Christ doit souffrir et mourir, il refuse cette idée.
C’est là tout le paradoxe : Pierre a compris l’identité de Jésus, mais pas encore sa mission.
Et la suite va aller encore plus loin : Jésus ne va pas seulement expliquer que lui doit prendre le chemin de la croix. Il va montrer que ceux qui veulent le suivre devront eux aussi apprendre le renoncement et porter leur croix.
16:22 Pierre, l'ayant pris à part, se mit à le reprendre, et dit: A Dieu ne plaise, Seigneur! Cela ne t'arrivera pas.
16:23 Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre: Arrière de moi, Satan! tu m'es en scandale; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes.
À peine Jésus a-t-il annoncé qu’il doit souffrir, être mis à mort et ressusciter que Pierre le prend à part et commence à le reprendre :
« À Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. » La réaction de Pierre montre immédiatement qu’il n’a pas encore compris ce que Jésus vient de lui révéler.
Quelques instants auparavant, Pierre avait confessé : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Il a donc compris qui est Jésus, mais il n’a pas encore compris la mission du Christ. Pour lui, l’idée que le Messie puisse être rejeté, souffrir et mourir paraît incompatible avec sa victoire.
Pierre agit probablement avec de bonnes intentions. Il aime Jésus et ne veut pas le voir souffrir. Pourtant, sans le savoir, il s’oppose au plan même que Jésus vient d’annoncer.
C’est pourquoi la réponse de Jésus est extrêmement sévère : « Arrière de moi, Satan ! » Jésus ne déclare pas que Pierre est littéralement Satan. Il reconnaît plutôt dans les paroles de Pierre une tentation qui cherche à le détourner du chemin fixé par le Père.
Cela rappelle ce qui s’était produit au début de son ministère. Dans le désert, Satan avait tenté Jésus en lui proposant un chemin vers la gloire qui évitait l’obéissance jusqu’à la croix. Maintenant, Pierre lui dit en quelque sorte : « Tu es le Messie, mais tu ne dois pas passer par la souffrance et la mort. »
Or il n’existe pas de raccourci dans la mission de Jésus : le chemin vers la résurrection passe par la croix.
Jésus ajoute : « Tu m’es en scandale. » Le mot « scandale » désigne ici quelque chose qui fait trébucher, un obstacle placé sur le chemin. Pierre, qui vient d’être appelé « Pierre », devient maintenant une pierre d’achoppement lorsqu’il cherche à détourner Jésus de sa mission.
Jésus explique alors le véritable problème : « Tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes. » Le contraste avec le verset 17 est très fort.
Quelques versets auparavant, Jésus disait à Pierre que sa confession ne venait pas « de la chair et du sang », mais du Père céleste. Maintenant, Pierre raisonne selon une pensée humaine.
Lorsqu’il reconnaît l’identité de Jésus, Pierre reçoit ce que le Père lui révèle. Lorsqu’il refuse le chemin de la croix, il raisonne selon les hommes. Cela nous montre quelque chose d’important : Pierre peut recevoir une véritable révélation de Dieu sans pour autant avoir immédiatement compris tout le plan de Dieu. Il doit encore apprendre à soumettre sa propre manière de penser à celle de Dieu.
La pensée humaine voit naturellement la souffrance et la mort du Messie comme un échec. Dieu, au contraire, va précisément utiliser la croix pour accomplir son œuvre de salut. Ce que Pierre cherche à empêcher par affection pour Jésus est justement ce que Dieu va utiliser pour accomplir son plan.
Il faut toutefois éviter de tirer de ce passage l’idée que toute souffrance est nécessairement voulue par Dieu ou qu’un chrétien devrait rechercher la souffrance. Ici, Jésus parle spécifiquement de la croix qui appartient à sa mission rédemptrice.
Mais la leçon pour les disciples va maintenant devenir personnelle. Pierre voulait un Christ sans croix. Jésus va lui montrer qu’on ne peut pas davantage avoir un disciple sans renoncement.
C’est pourquoi Jésus enchaîne immédiatement : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. »
16:24 Alors Jésus dit à ses disciples: Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive.
16:25 Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera.
Jésus commence : « Si quelqu’un veut venir après moi… » « Venir après Jésus », c’est choisir de devenir son disciple, de le suivre et de placer sa volonté au-dessus de la nôtre.
Jésus ajoute : « Qu’il renonce à lui-même. » Renoncer à soi-même ne signifie pas se détester ou abandonner tous ses désirs. Cela signifie ne plus vivre en faisant uniquement ce que nous voulons, mais accepter que Dieu dirige notre vie.
Pierre vient justement d’en donner un exemple. Il avait sa propre idée de ce que le Messie devait faire : selon lui, Jésus ne devait pas souffrir ni mourir. Mais suivre Jésus signifie parfois accepter la volonté de Dieu même lorsqu’elle est différente de ce que nous avions imaginé.
Jésus poursuit : « Qu’il se charge de sa croix. » Pour les disciples, cette image était très forte. À cette époque, la croix était un instrument romain d’exécution. Une personne qui portait sa croix marchait vers sa mort.
Prendre sa croix signifie donc beaucoup plus que simplement supporter les difficultés de la vie. C’est être prêt à rester fidèle à Jésus même si cela entraîne le rejet, la persécution, la souffrance et, si nécessaire, la perte de sa propre vie.
Cela ne signifie pas qu’un chrétien doit rechercher la souffrance ou considérer chaque problème comme « sa croix ». Jésus parle surtout ici du prix que peut coûter le fait de lui rester fidèle.
Il termine : « Et qu’il me suive. » Jésus ne demande d’ailleurs pas à ses disciples quelque chose qu’il refuse lui-même de faire. Il vient justement de leur annoncer qu’il va à Jérusalem pour souffrir et mourir. Jésus marche devant eux sur ce chemin.
Il explique ensuite : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera. »
À première vue, cela semble contradictoire. Mais Jésus veut dire que celui qui cherche à préserver sa vie à tout prix, jusqu’à abandonner Christ pour se protéger, finira par perdre la véritable vie.
À l’inverse, celui qui est prêt à tout perdre plutôt que d’abandonner Jésus trouvera la véritable vie que Dieu donne. Pour certains disciples, cette fidélité pourra même aller jusqu’à la mort.
On peut donc retenir simplement :
Abandonner Christ pour sauver sa vie → c’est finalement la perdre.
Être prêt à perdre sa vie pour Christ → c’est finalement la trouver.
Jésus montre ainsi que notre vie présente n’est pas ce que nous avons de plus précieux. La véritable vie se trouve en le suivant, même lorsque cela demande des sacrifices.
Et cela conduit directement au verset suivant : à quoi servirait-il de gagner le monde entier si, finalement, nous perdions notre âme ?
16:26 Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s'il perdait son âme? ou, que donnerait un homme en échange de son âme?
Jésus poursuit directement ce qu’il vient d’enseigner sur la véritable valeur de la vie : « Que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perdait son âme ? » Il prend volontairement l’exemple le plus extrême. Imaginons qu’un homme réussisse à obtenir tout ce que le monde peut lui offrir : l’argent, le pouvoir, la réussite, la réputation, les possessions et les plaisirs. À quoi tout cela lui servirait-il s’il perd finalement ce qui est le plus précieux ?
Le mot traduit ici par « âme » peut également signifier « vie ». C’est d’ailleurs le même mot que Jésus vient d’utiliser au verset précédent lorsqu’il disait : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra. »
Jésus parle donc de notre véritable vie, de ce que nous sommes devant Dieu et de notre destinée éternelle. Une personne pourrait posséder le monde entier pendant quelques années et pourtant perdre la vie éternelle. Dans ce cas, tout ce qu’elle aurait gagné ne lui servirait finalement à rien.
Cela ne signifie pas que l’argent, la réussite ou les possessions soient mauvais en eux-mêmes. Le danger apparaît lorsque ces choses deviennent plus importantes que Dieu et nous conduisent à nous éloigner de Christ.
Jésus met donc deux choses en comparaison : Le monde entier → notre vie devant Dieu. Et même le monde entier ne peut pas remplacer ce que nous risquons de perdre.
C’est pourquoi Jésus ajoute : « Que donnerait un homme en échange de son âme ? » Une fois cette vie perdue, aucune richesse, aucun pouvoir et aucune réussite ne peuvent la racheter. Tout ce que l’homme possède sur terre reste temporaire et ne peut pas acheter la vie éternelle.
Jésus nous apprend donc à regarder les choses avec une autre échelle de valeur. Le monde regarde souvent ce qu’une personne possède ou réussit. Dieu regarde quelque chose de beaucoup plus important : ce que devient cette personne pour l’éternité.
Ainsi, même gagner le monde entier serait une mauvaise affaire si le prix à payer était de perdre la véritable vie.
Et le verset suivant va expliquer pourquoi cette question est si importante : Jésus va parler de son retour dans la gloire et du moment où chacun devra répondre de sa vie devant lui.
16:27 Car le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges; et alors il rendra à chacun selon ses oeuvres.
16:28 Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme venir dans son règne.
Après avoir parlé du renoncement et de la valeur de la véritable vie, Jésus annonce maintenant son retour : « Le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges. »
Jésus vient d’annoncer qu’il va souffrir et mourir, mais cette humiliation ne sera pas définitive. Lors de son retour, il apparaîtra dans « la gloire de son Père », c’est-à-dire avec la gloire, la puissance et l’autorité divines.
Le contraste est très fort : Jésus va d’abord être rejeté, humilié et crucifié, mais il reviendra dans la gloire, accompagné des anges. Celui que les hommes auront rejeté apparaîtra alors avec toute son autorité.
Jésus ajoute : « Et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. » Il parle ici du jugement. Chacun devra répondre devant Dieu de la manière dont il aura vécu.
Mais pourquoi Jésus parle-t-il des œuvres si le salut est reçu par la grâce, au moyen de la foi ?
Les œuvres ne servent pas à acheter ou à mériter le salut. Le salut est un don de Dieu reçu par la foi en Jésus-Christ. Mais une foi véritable produit des fruits dans la vie d’une personne.
C’est pour cela que Jacques dit que « la foi sans les œuvres est morte ». Les œuvres ne remplacent donc pas la foi : elles montrent ce que la foi produit réellement dans notre vie.
Jésus déclare ensuite : « Quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir dans son règne. » Cette parole peut sembler difficile à comprendre. Jésus veut-il dire que son retour final aura lieu avant la mort de certains disciples ?
La suite de Matthieu nous aide à comprendre. Juste après, au début du chapitre 17, Matthieu écrit : « Six jours après ». Jésus prend alors avec lui Pierre, Jacques et Jean et les conduit sur une haute montagne.
Là, Jésus est transfiguré devant eux. Son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements deviennent blancs comme la lumière. Pendant un court moment, ces trois disciples voient Jésus dans une gloire qu’ils ne voyaient pas habituellement.
Cela correspond bien à l’expression « quelques-uns de ceux qui sont ici ». Tous les disciples ne vont pas vivre cette expérience, mais Pierre, Jacques et Jean vont la vivre seulement quelques jours plus tard.
Le verset 28 peut donc être compris comme l’annonce de cette expérience. Jésus ne dit pas nécessairement que certains disciples seront encore vivants lors de son retour final. Il annonce que certains d’entre eux vont voir, avant leur mort, un aperçu de la gloire du Christ et de son Royaume.
D’autres interprétations existent. Certains comprennent cette parole comme une référence à la résurrection, à l’ascension ou à d’autres manifestations du règne de Christ. Mais dans le récit de Matthieu, le lien avec la Transfiguration est particulièrement naturel puisqu’elle arrive immédiatement après, seulement six jours plus tard.
Le chapitre 16 marque un véritable tournant dans l’Évangile de Matthieu. Alors que les chefs religieux restent aveugles malgré les signes, Pierre reconnaît enfin en Jésus « le Christ, le Fils du Dieu vivant ».
Mais reconnaître Jésus ne suffit pas : les disciples doivent maintenant comprendre sa mission. Le Messie qu’ils attendaient doit passer par la souffrance, la croix et la résurrection. Et ceux qui veulent le suivre doivent eux aussi apprendre le renoncement et placer leur fidélité à Christ au-dessus de tout.
Le chapitre se termine pourtant sur la gloire. Celui qui va être rejeté et crucifié reviendra avec toute son autorité. Et dès le chapitre 17, Pierre, Jacques et Jean vont recevoir un aperçu extraordinaire de cette gloire lors de la Transfiguration.
Après avoir appris qui est Jésus et pourquoi il doit passer par la croix, les disciples vont maintenant voir de leurs propres yeux un aperçu de la gloire du Roi.