Le chapitre 17 s’ouvre sur l’un des moments les plus extraordinaires du ministère de Jésus. Après avoir révélé à ses disciples qu’il est le Christ qui devra souffrir, mourir et ressusciter, Jésus va maintenant permettre à certains d’entre eux de voir quelque chose qu’ils n’avaient encore jamais vu.
Jusqu’ici, les disciples ont découvert son identité à travers ses paroles, ses miracles et l’autorité qu’il manifeste. Pierre vient même de confesser : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Mais dans ce chapitre, trois disciples vont être témoins d’une révélation exceptionnelle de sa gloire.
Cet événement arrive à un moment essentiel. Les disciples viennent d’apprendre que le chemin de Jésus passe par la croix, une réalité qu’ils ont beaucoup de mal à comprendre. Le chapitre 17 va leur permettre d’entrevoir d’une manière nouvelle qui est réellement celui qui marche vers cette croix.
La Transfiguration ouvre ainsi un chapitre où l’identité et l’autorité de Jésus vont apparaître avec une force particulière, tout en préparant les disciples à la suite de son chemin vers Jérusalem.
17:1 Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne.
17:2 Il fut transfiguré devant eux; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière.
Nous pouvons voir ici que Jésus attend 6 jours avant de révéler sa gloire, un moment solennel où Il se transfigure devant Pierre, Jacques et Jean. Ce n’est pas la première fois que Dieu agit de cette manière après une attente de six jours. Un autre événement similaire se trouve dans l’Ancien Testament, lorsque Moïse, après avoir passé six jours dans la nuée sur le Mont Sinaï, voit la gloire de Dieu se manifester. Là, Moïse est entouré de la présence divine et reçoit des instructions pour le peuple d’Israël.
De la même manière, Jésus attend six jours avant de montrer sa gloire à ses disciples les plus proches. Il les emmène sur une haute montagne, où Il se métamorphose devant eux, révélant ainsi sa véritable nature divine. Cette scène nous montre que, tout comme Moïse a vu Dieu dans la gloire, les disciples de Jésus sont témoins de la splendeur divine du Christ. Ainsi, ces deux moments soulignent la continuité de la révélation divine à travers l’histoire, et la manière dont Dieu choisit de se manifester à des moments clés pour fortifier la foi de son peuple.
Pourquoi Pierre, Jacques et Jean ?
Jésus ne prend pas tous ses disciples, mais ces trois en particulier.
• Pierre : Représente L’Autorité et la fondation de l'Église, celui qui reconnaît Jésus comme le Messie (Matthieu 16:16), (Jésus l’appelle “la pierre” sur laquelle il bâtira son Église, Matthieu 16:18).
• Jacques : Le Sacrifice et le martyre, il sera le premier apôtre martyr (Actes 12:2).
• Jean : Représente la révélation et l’intimité avec Jésus, appelé “le disciple que Jésus aimait” (Jean 13:23), (il recevra et écrira l’Apocalypse).
Ces trois disciples représentent donc l’autorité, le sacrifice et la révélation et l’amour, trois éléments clés pour ceux qui suivent Jésus. Ils sont aussi ceux que Jésus emmène dans des moments très importants, comme à Gethsémané avant sa crucifixion (Matthieu 26:37).
Que signifie “transfiguré” ?
Le mot grec utilisé est “metamorphoō”, d’où vient le mot “métamorphose”. Cela signifie un changement de forme ou d’apparence.
Ce qui change chez Jésus :
Son visage brille comme le soleil, il révèle la gloire divine qui était voilée sous son humanité.
Ses vêtements deviennent blancs comme la lumière → Symbole de pureté, de sainteté et de sa nature céleste.
Pourquoi cette transfiguration ?
Pour montrer aux disciples qu’il est réellement le Fils de Dieu, et non juste un prophète.
Pour les fortifier avant sa crucifixion, en leur donnant un aperçu de sa gloire future.
Pour confirmer qu’il est l’accomplissement de la Loi et des prophètes (Moïse et Élie apparaissent à ce moment-là).
Ce moment de la Transfiguration est un aperçu du règne glorieux du Christ qui viendra après sa résurrection. Il prépare les disciples à comprendre qui est vraiment Jésus, au-delà de son apparence humaine. C’est une confirmation que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, qui accomplira la Loi et les prophéties
17:3 Et voici, Moïse et Élie leur apparurent, s'entretenant avec lui.
17:4 Pierre, prenant la parole, dit à Jésus: Seigneur, il est bon que nous soyons ici; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie.
17:5 Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection: écoutez-le!
Aors que Jésus apparaît dans sa gloire devant les trois disciples, Moïse et Élie apparaissent et s’entretiennent avec lui. Leur présence est très importante. Moïse et Élie représentent deux grandes figures de l’Ancienne Alliance :
Moïse représente la Loi, puisqu’il a reçu de Dieu les commandements donnés à Israël sur le mont Sinaï.
Élie représente les Prophètes, dont il est l’une des figures les plus importantes et qui ont appelé Israël à revenir à Dieu tout en préparant l’attente de l’accomplissement de ses promesses.
Leur présence auprès de Jésus montre donc que Jésus ne vient pas abolir ce que Dieu avait révélé auparavant. Comme il l’avait déjà déclaré en Matthieu 5:17 : « Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir. »
La Loi et les Prophètes conduisaient vers ce que Dieu allait accomplir pleinement en Christ. Jésus accomplit parfaitement la volonté de Dieu et va réaliser l’œuvre de salut vers laquelle les Écritures dirigeaient déjà les regards.
Pierre prend alors la parole : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Pierre comprend qu’il assiste à quelque chose d’extraordinaire et semble vouloir prolonger ce moment. Mais sa proposition de trois tentes place Jésus, Moïse et Élie côte à côte. Le texte ne dit pas nécessairement que Pierre les considère comme égaux, mais l’intervention qui suit va clairement montrer que Jésus occupe une place unique.
Avant même que Pierre ait terminé de parler, « une nuée lumineuse les couvrit ». Dans l’Ancien Testament, la nuée est souvent associée à la présence de Dieu. Elle rappelle notamment le mont Sinaï, où la nuée couvrait la montagne lorsque Dieu se manifesta à Moïse. La scène montre donc que les disciples se trouvent au cœur d’une manifestation particulière de la présence de Dieu.
Puis une voix se fait entendre depuis la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection : écoutez-le ! »
Dieu distingue alors clairement Jésus de Moïse et d’Élie. Moïse et Élie sont de grands serviteurs de Dieu, mais Jésus est présenté comme le Fils bien-aimé du Père. Il n’est donc pas simplement un prophète de plus placé à côté des autres.
Cette déclaration rappelle les paroles prononcées lors du baptême de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. » Mais cette fois, le Père ajoute un commandement essentiel : « Écoutez-le ! »
Ces paroles prennent encore plus de force lorsqu’on se rappelle ce qui vient de se passer au chapitre 16. Jésus avait annoncé qu’il devait aller à Jérusalem, souffrir, être mis à mort et ressusciter. Pierre avait refusé cette idée et avait repris Jésus.
Quelques jours plus tard, le Père lui-même dit aux disciples : « Écoutez-le ! »
Pierre doit donc apprendre qu’il ne peut pas imposer à Jésus sa propre conception du Messie. Même lorsque le chemin annoncé par Jésus est difficile à comprendre, les disciples doivent lui faire confiance et écouter sa parole.
Cette expression peut également rappeler Deutéronome 18:15, où Moïse annonçait qu’un prophète serait suscité par Dieu et disait :
« Vous l’écouterez. » Ici, Moïse est présent, mais la voix du Père dirige l’attention vers Jésus : « Écoutez-le ! »
La scène montre ainsi la place unique de Jésus. La Loi et les Prophètes ont joué un rôle essentiel dans l’histoire de Dieu avec son peuple, mais ils conduisent vers leur accomplissement en Christ.
L’ancienne alliance avait montré la volonté de Dieu, mais elle avait également révélé l’incapacité de l’homme pécheur à devenir juste par ses propres forces. Jésus, lui, accomplira parfaitement la volonté de Dieu et ira jusqu’à donner sa vie pour le salut des hommes.
La relation avec Dieu ne repose donc pas sur la capacité de l’homme à se sauver par ses propres œuvres, mais sur ce que Dieu accomplit en Jésus-Christ. La Loi et les Prophètes préparaient ce chemin ; Jésus vient maintenant l’accomplir.
C’est pourquoi, au milieu de Moïse et d’Élie, la voix du Père ne dit pas simplement aux disciples de regarder les trois. Elle attire leur attention sur un seul :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé… écoutez-le ! »
17:6 Lorsqu'ils entendirent cette voix, les disciples tombèrent sur leur face, et furent saisis d'une grande frayeur.
17:7 Mais Jésus, s'approchant, les toucha, et dit: Levez-vous, n'ayez pas peur!
17:8 Ils levèrent les yeux, et ne virent que Jésus seul.
Lorsque les disciples entendent la voix venant de la nuée, leur réaction est immédiate : « Ils tombèrent sur leur face, et furent saisis d’une grande frayeur. »
Pourquoi les disciples sont-ils si effrayés ?
Ils viennent d’être confrontés d’une manière extraordinaire à la présence et à la voix de Dieu.
Cette réaction rappelle ce qui s’était produit au mont Sinaï. Lorsque le peuple entendit la voix de Dieu, il fut saisi de crainte et demanda à Moïse de parler à sa place : « Que Dieu ne nous parle point, de peur que nous ne mourions. » (Exode 20:19)
Dans l’Ancien Testament, la manifestation de la gloire de Dieu provoque souvent cette crainte. Lorsque la gloire de Dieu remplit le tabernacle, Moïse lui-même ne peut y entrer (Exode 40:34-35). Ésaïe, lorsqu’il reçoit sa vision de la sainteté de Dieu, prend immédiatement conscience de sa propre condition et s’écrie : « Malheur à moi ! je suis perdu. » (Ésaïe 6:5)
Les disciples comprennent donc qu’ils se trouvent devant une réalité qui les dépasse complètement. Quelques instants auparavant, Pierre voulait encore parler et proposer de dresser trois tentes. Maintenant, devant la voix du Père, les trois disciples sont face contre terre et ne disent plus rien.
Mais la scène change immédiatement. « Jésus, s’approchant, les toucha, et dit : Levez-vous, n’ayez pas peur ! » Ce détail est magnifique. Les disciples sont terrifiés par ce qu’ils viennent de vivre, mais Jésus s’approche d’eux. Il ne reste pas à distance. Il les touche et leur parle : « Levez-vous, n’ayez pas peur ! »
Celui dont ils viennent de contempler la gloire est aussi celui qui s’approche d’eux avec douceur. Jésus possède une gloire qui les dépasse, mais il demeure proche de ses disciples. Cette parole, « N’ayez pas peur », prend donc une force particulière. Jésus ne nie pas la grandeur de ce qu’ils viennent de vivre ; il les relève au milieu de leur crainte.
Puis Matthieu ajoute un détail très simple, mais particulièrement fort : « Ils levèrent les yeux, et ne virent que Jésus seul. »
Pourquoi ne voient-ils plus que Jésus ?
Moïse et Élie ont disparu. Matthieu ne nous dit pas explicitement que leur disparition « symbolise » la fin de leur mission, il faut donc rester prudent. Mais dans le déroulement de la scène, le contraste est remarquable. Quelques instants auparavant, trois personnages étaient devant les disciples : Jésus, Moïse et Élie. Pierre avait proposé trois tentes. Puis le Père avait déclaré au sujet de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé […] écoutez-le ! »
Et lorsqu’ils relèvent les yeux, Jésus seul demeure devant eux. Moïse et Élie ont eu une place immense dans l’histoire de Dieu avec son peuple. Mais ils ne sont pas le centre de cette révélation. Toute l’attention des disciples est finalement dirigée vers Jésus. Cela confirme ce que la voix du Père vient de déclarer : Jésus n’est pas simplement placé parmi les grands serviteurs de Dieu. Il est le Fils bien-aimé que les disciples doivent écouter.
Il y a également un contraste magnifique entre ce qu’ils viennent de voir et ce qu’ils vont bientôt vivre. Ils viennent de contempler Jésus dans une gloire extraordinaire. Pourtant, Jésus leur a annoncé quelques jours auparavant qu’il allait souffrir et mourir. La gloire qu’ils viennent d’entrevoir ne supprime donc pas le chemin de la croix.
Pierre voulait précisément éviter cette croix. Mais Jésus leur montre maintenant que la souffrance annoncée ne signifie pas que sa gloire disparaît ou que sa mission échoue. Celui qui va être rejeté reste le Fils bien-aimé du Père.
La croix n’est donc pas la fin de l’histoire. Jésus va passer par la souffrance et la mort avant d’entrer dans la gloire qui lui appartient. Et c’est précisément par son œuvre que le salut sera accompli. Ainsi, lorsque les disciples relèvent les yeux, il ne reste devant eux que Jésus.
Cette image résume puissamment toute la scène : Moïse et Élie ont rendu leur témoignage, le Père a parlé, et maintenant les disciples doivent garder leurs yeux fixés sur Jésus et l’écouter.
17:9 Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre: Ne parlez à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts
Parce qu’elle pourrait être mal comprise si elle était racontée avant la croix et la résurrection. Les disciples eux-mêmes ont encore du mal à accepter qu’un Messie glorieux doive souffrir et mourir. Pierre vient justement de montrer cette incompréhension au chapitre 16.
Si cette manifestation de gloire était racontée immédiatement, elle pourrait renforcer une conception uniquement glorieuse et triomphante du Messie, alors que Jésus doit d’abord accomplir sa mission jusqu’à la croix.
C’est pourquoi Jésus fixe lui-même le moment où le silence pourra prendre fin : « jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts. » Après la résurrection, ce qu’ils ont vu sur la montagne pourra être compris dans son ensemble. Celui qu’ils ont contemplé dans la gloire est aussi celui qui devait souffrir, mourir et vaincre la mort.
L’ordre de Jésus permet donc de préserver le bon moment et surtout la bonne compréhension de sa révélation. La gloire qu’ils viennent de voir ne doit pas être séparée de la croix et de la résurrection.
Il est d’ailleurs remarquable que Jésus parle une nouvelle fois de sa résurrection. Même après cette vision extraordinaire, il ramène immédiatement les disciples vers ce qui les attend : la gloire qu’ils viennent d’entrevoir ne supprime pas le chemin qu’il doit encore parcourir.
17:10 Les disciples lui firent cette question: Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'Élie doit venir premièrement?
17:11 Il répondit: Il est vrai qu'Élie doit venir, et rétablir toutes choses.
17:12 Mais je vous dis qu'Élie est déjà venu, qu'ils ne l'ont pas reconnu, et qu'ils l'ont traité comme ils ont voulu. De même le Fils de l'homme souffrira de leur part.
17:13 Les disciples comprirent alors qu'il leur parlait de Jean Baptiste.
En descendant de la montagne, les disciples posent à Jésus une question : « Pourquoi donc les scribes disent-ils qu’Élie doit venir premièrement ? » Cette question n’arrive pas par hasard. Ils viennent de voir Élie apparaître auprès de Jésus, alors que les scribes enseignaient, à partir de la prophétie de Malachie, qu’Élie devait venir avant le Messie :
« Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, avant que le jour de l’Éternel arrive. » (Malachie 4:5) Les disciples cherchent donc à comprendre : si Jésus est bien le Messie, comment faut-il comprendre cette venue d’Élie ?
Jésus confirme d’abord la prophétie : « Il est vrai qu’Élie doit venir, et rétablir toutes choses. » Mais il ajoute immédiatement : « Élie est déjà venu, qu’ils ne l’ont pas reconnu, et qu’ils l’ont traité comme ils ont voulu. » Les disciples comprennent alors que Jésus leur parle de Jean-Baptiste.
Jean-Baptiste n’était pas Élie revenu physiquement sur terre. Luc explique qu’il devait marcher devant le Seigneur « avec l’esprit et la puissance d’Élie » (Luc 1:17). Le parallèle est fort. Comme Élie, Jean appelle le peuple à revenir à Dieu et confronte courageusement le péché, même lorsqu’il se trouve chez les puissants. Sa mission était de préparer le peuple à la venue du Messie par la repentance.
C’est ainsi qu’il accomplit le rôle annoncé avant la venue de Jésus.
Mais Jésus établit ensuite un autre parallèle : « Ils ne l’ont pas reconnu, et ils l’ont traité comme ils ont voulu. De même le Fils de l’homme souffrira de leur part. » Jean-Baptiste avait préparé le chemin de Jésus par son ministère, mais son rejet annonce également ce qui attend Jésus. Jean a été rejeté et mis à mort ; Jésus sera lui aussi rejeté et devra souffrir.
Il faut cependant distinguer les deux morts : celle de Jean témoigne de sa fidélité jusqu’au bout, tandis que la mort de Jésus aura une place unique dans l’accomplissement du salut.
Il y a donc une ironie tragique dans ce passage : ceux qui connaissaient les prophéties attendaient leur accomplissement, mais lorsque celui-ci s’est présenté devant eux, ils ne l’ont pas reconnu.
Ils attendaient Élie, mais n’ont pas reconnu la mission de Jean-Baptiste.
Ils attendaient le Messie, mais beaucoup ne reconnaîtront pas Jésus.
Une nouvelle fois, Matthieu montre qu’il est possible de connaître les Écritures et pourtant de ne pas reconnaître ce que Dieu est en train d’accomplir
17:14 Lorsqu'ils furent arrivés près de la foule, un homme vint se jeter à genoux devant Jésus, et dit:
17:15 Seigneur, aie pitié de mon fils, qui est lunatique, et qui souffre cruellement; il tombe souvent dans le feu, et souvent dans l'eau.
17:16 Je l'ai amené à tes disciples, et ils n'ont pas pu le guérir.
17:17 Race incrédule et perverse, répondit Jésus, jusques à quand serai-je avec vous? jusques à quand vous supporterai-je? Amenez-le-moi ici.
En descendant de la montagne, Jésus retrouve immédiatement la souffrance du monde qui l’entoure. Après la manifestation extraordinaire dont Pierre, Jacques et Jean viennent d’être témoins, un père s’approche de lui, se met à genoux et implore sa compassion pour son fils. « Seigneur, aie pitié de mon fils, qui est lunatique, et qui souffre cruellement ; il tombe souvent dans le feu, et souvent dans l’eau. »
Pourquoi l’enfant tombe-t-il dans le feu et dans l’eau ?
Matthieu utilise un terme traduit par « lunatique », qui pouvait désigner une personne souffrant de crises semblables à celles de l’épilepsie. Mais la suite du récit montre qu’il ne s’agit pas seulement, dans ce cas précis, d’une maladie : Jésus va chasser un démon de l’enfant.
Marc donne davantage de détails et décrit un esprit qui saisit l’enfant, le fait tomber, écumer et grincer des dents. Le feu et l’eau montrent donc à quel point sa situation est dangereuse : ses crises mettent directement sa vie en péril. Le père avait d’abord amené son fils aux disciples, mais il explique à Jésus : « Ils n’ont pas pu le guérir. »
Cette précision est particulièrement importante, car Jésus avait déjà donné à ses disciples l’autorité de chasser les esprits impurs. Leur échec soulève donc une question : pourquoi sont-ils maintenant incapables de délivrer cet enfant ?
Jésus répond : « Race incrédule et perverse, jusques à quand serai-je avec vous ? jusques à quand vous supporterai-je ? »
Pourquoi Jésus réagit-il aussi fortement ?
Ses paroles dépassent probablement les seuls disciples et dénoncent l’incrédulité de la génération qui l’entoure. Cependant, les disciples sont eux aussi concernés, puisque Jésus leur expliquera ensuite clairement que leur échec est lié à leur manque de foi.
Le contraste avec la montagne est saisissant. Là-haut, le Père venait de déclarer : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé […] écoutez-le ! » En redescendant, Jésus retrouve une humanité marquée par la souffrance et l’incrédulité, tandis que ses propres disciples restent encore faibles dans leur foi.
Lorsque Jésus demande : « Jusques à quand serai-je avec vous ? », ses paroles prennent aussi une importance particulière dans le contexte du chapitre. Il vient encore d’annoncer sa mort et sa résurrection. Sa présence physique auprès des disciples ne durera donc pas indéfiniment. Ils doivent apprendre à dépendre réellement de Dieu et à exercer la mission qui leur a été confiée.
Jésus ne laisse pourtant pas le père et son fils dans cette situation. Après avoir constaté l’impuissance des disciples, il dit
simplement : « Amenez-le-moi ici. »
Cette parole prépare directement ce qui va suivre. Là où les disciples viennent d’échouer, Jésus va montrer que son autorité, elle, n’a pas diminué. L’épisode met ainsi en évidence le contraste entre l’autorité parfaite de Jésus et la foi encore fragile de ses disciples. Ils ont reçu une mission et une autorité, mais ils doivent encore apprendre que celles-ci ne peuvent jamais être exercées indépendamment d’une véritable dépendance envers Dieu.
17:18 Jésus parla sévèrement au démon, qui sortit de lui, et l'enfant fut guéri à l'heure même.
17:19 Alors les disciples s'approchèrent de Jésus, et lui dirent en particulier: Pourquoi n'avons-nous pu chasser ce démon?
17:20 C'est à cause de votre incrédulité, leur dit Jésus. Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne: Transporte-toi d'ici là, et elle se transporterait; rien ne vous serait impossible.
17:21 Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne.Jésus intervient avec une autorité immédiate : « Jésus parla sévèrement au démon, qui sortit de lui, et l’enfant fut guéri à l’heure même. »
Le fait que Jésus parle sévèrement au démon montre son autorité totale sur les puissances spirituelles. Il ne négocie pas avec lui : il commande, et le démon obéit. Il ne faut cependant pas penser que l’autorité dépend simplement du ton de la voix ou du fait de parler sévèrement. L’autorité vient de Jésus. Les disciples avaient eux-mêmes reçu de lui « le pouvoir de chasser les esprits impurs » (Matthieu 10:1), mais cette fois ils n’avaient pas réussi à l’exercer.
C’est pourquoi ils viennent demander à Jésus en particulier : « Pourquoi n’avons-nous pu chasser ce démon ? » Jésus leur donne directement la raison : « C’est à cause de votre incrédulité. » Leur échec ne signifie donc pas qu’ils n’avaient reçu aucune autorité. Il montre qu’ils devaient encore apprendre à exercer cette autorité dans la foi et dans une véritable dépendance envers Dieu. L’autorité spirituelle n’est pas une puissance personnelle que l’on possède indépendamment de Dieu.
Jésus leur donne alors une image très forte : « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d’ici là, et elle se transporterait. »
Que signifie la foi comme un grain de sénevé ?
Le grain de sénevé est extrêmement petit. Jésus montre ainsi que la puissance de la foi ne dépend pas simplement de sa quantité. Une foi véritable, même comparée à quelque chose de très petit, s’appuie sur un Dieu dont la puissance, elle, est sans limite.
La puissance ne vient donc pas de la foi elle-même, mais de Dieu en qui cette foi est placée.
Déplacer une montagne est une image très forte pour parler de quelque chose qui paraît humainement impossible. Jésus enseigne à ses disciples qu’ils ne doivent pas mesurer ce que Dieu peut accomplir à partir de leurs propres capacités.
Cela ne signifie pas qu’un croyant peut obtenir tout ce qu’il désire simplement en croyant suffisamment fort. Jésus parle ici à des disciples auxquels il a confié une mission. La foi ne consiste pas à imposer notre volonté à Dieu, mais à lui faire confiance pour accomplir ce qu’il nous demande.
C’est dans ce sens que Jésus peut ajouter : « Rien ne vous serait impossible. » Les disciples ne deviennent pas tout-puissants ; ils apprennent à dépendre de la puissance de Dieu plutôt que de leurs propres forces.
Pourquoi la prière et le jeûne ?
Jésus ajoute : « Cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. » La prière et le jeûne montrent justement cette dépendance envers Dieu.
La prière reconnaît que la puissance ne vient pas de nous. Prier, c’est se tourner vers Dieu au lieu de compter uniquement sur notre expérience, nos capacités ou même sur l’autorité que nous avons reçue.
Le jeûne accompagne cette recherche de Dieu par une attitude de consécration. Il ne s’agit pas d’une technique qui donnerait automatiquement davantage de puissance spirituelle, mais d’une manière de mettre Dieu au centre et de reconnaître notre besoin de lui.
L’expression « cette sorte » peut indiquer que toutes les situations spirituelles ne se présentent pas exactement de la même manière. Cependant, Jésus ne donne pas ici une classification des démons ni différents niveaux précis de puissance. Son enseignement porte surtout sur la manière dont ses disciples doivent dépendre de Dieu.
Cet épisode leur donne donc une leçon essentielle. Jésus leur avait donné une véritable autorité, mais une autorité reçue de Christ ne doit jamais devenir une confiance en soi.
La foi, la prière et le jeûne ramènent les disciples à cette réalité : la puissance appartient à Dieu, et ceux qui servent Jésus doivent constamment dépendre de lui.
17:22 Pendant qu'ils parcouraient la Galilée, Jésus leur dit: Le Fils de l'homme doit être livré entre les mains des hommes;
17:23 ils le feront mourir, et le troisième jour il ressuscitera. Ils furent profondément attristés.
Après la guérison de l’enfant, Jésus poursuit son chemin avec ses disciples à travers la Galilée. Ils ne se dirigent pas encore directement vers Jérusalem puisqu’ils vont ensuite arriver à Capernaüm, mais depuis le chapitre 16, Jésus prépare progressivement ses disciples à ce qui l’attend.
Il leur annonce pour la deuxième fois sa mort et sa résurrection : « Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes ; ils le feront mourir, et le troisième jour il ressuscitera." La première fois, Pierre avait immédiatement rejeté cette annonce. Cette fois, les disciples ne protestent pas, mais « ils furent profondément attristés ».
Leur réaction montre qu’ils comprennent que Jésus parle réellement de sa mort, mais ils ne saisissent pas encore pleinement ce que signifie sa résurrection. Pourtant, Jésus est très précis : « le troisième jour il ressuscitera ». Ils entendent donc ses paroles, mais restent surtout bouleversés par la perspective de perdre leur Maître.
La suite montrera qu’ils n’avaient pas encore intégré cette promesse : lorsque Jésus sera crucifié, ils seront dispersés et abattus plutôt que dans l’attente assurée de sa résurrection.
Jésus continue ainsi à préparer ses disciples : sa mort approche, mais elle ne sera pas la fin.
17:24 Lorsqu'ils arrivèrent à Capernaüm, ceux qui percevaient les deux drachmes s'adressèrent à Pierre, et lui dirent: Votre maître ne paie-t-il pas les deux drachmes?
17:25 Oui, dit-il. Et quand il fut entré dans la maison, Jésus le prévint, et dit: Que t'en semble, Simon? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils des tributs ou des impôts? de leurs fils, ou des étrangers?
17:26 Il lui dit: Des étrangers. Et Jésus lui répondit: Les fils en sont donc exempts.
17:27 Mais, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l'hameçon, et tire le premier poisson qui viendra; ouvre-lui la bouche, et tu trouveras un statère. Prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi.
Lorsqu’ils arrivent à Capernaüm, ceux qui perçoivent les deux drachmes demandent à Pierre : « Votre maître ne paie-t-il pas les deux drachmes ? » Il s’agit de la contribution destinée au Temple, liée à ce que l’on trouve dans Exode 30:11-16. Pierre répond que Jésus la paie.
Mais lorsque Pierre entre dans la maison, Jésus lui pose une question : « Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils des tributs ou des impôts ? De leurs fils, ou des étrangers ? » L’image est simple. Un roi prélève des impôts sur les habitants de son royaume, mais son propre fils appartient à la maison royale. Il n’est donc pas traité comme un simple sujet devant payer au roi.
Jésus applique cette image à sa propre situation. Le Temple est la maison de Dieu, Dieu est son Père et Jésus est son Fils. Il n’est donc pas dans la même position que ceux qui paient une contribution pour le Temple de Dieu.
C’est pourquoi Jésus dit : « Les fils en sont donc exempts. »
Cette parole rappelle directement ce qui s’est passé au début du chapitre, lorsque le Père a déclaré : « Celui-ci est mon Fils
bien-aimé. » Le chapitre avait révélé son identité de Fils ; cette scène en montre maintenant une conséquence. Pourtant, Jésus décide de payer : « Mais, pour ne pas les scandaliser… » Même s’il est libre, Jésus ne cherche pas à faire valoir son droit au risque de créer inutilement un obstacle. Il choisit volontairement de payer.
Mais pourquoi ne donne-t-il pas simplement une pièce à Pierre ?
Matthieu ne nous dit pas si Jésus avait ou non de l’argent sur lui. Il ne faut donc pas inventer une raison. Ce que le texte souligne, c’est que Jésus choisit de fournir la somme d’une manière extraordinaire.
Il dit à Pierre d’aller pêcher, de prendre le premier poisson qui viendra et de lui ouvrir la bouche. Il y trouvera un statère, une pièce correspondant à la somme nécessaire pour payer pour eux deux : « Prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi. »
Ce miracle n’est donc pas simplement une manière compliquée de trouver de l’argent. Il manifeste encore l’autorité de Jésus. Il sait exactement où Pierre trouvera la somme nécessaire et utilise même la création pour accomplir ce qu’il vient de décider.
Le but principal n’est pas de promettre que Dieu nous donnera miraculeusement de l’argent chaque fois que nous en aurons besoin. Le passage continue plutôt à révéler qui est Jésus.
I
l est le Fils, il est libre, et pourtant il choisit de ne pas revendiquer son droit. Et celui qui accepte humblement de payer cette contribution montre en même temps, par le miracle du poisson, qu’il possède une autorité qui dépasse celle d’un homme ordinaire.
Le chapitre 17 fait passer les disciples de la révélation de la gloire de Jésus à une compréhension plus profonde de ce que signifie réellement le suivre.
Sur la montagne, le Père confirme l’identité de Jésus et donne aux disciples une instruction essentielle : « Écoutez-le ! »En redescendant, ils sont aussitôt confrontés à leur propre faiblesse et découvrent que leur mission ne peut s’accomplir sans foi ni dépendance envers Dieu.
Jésus replace ensuite devant eux le chemin qu’ils ont encore du mal à accepter : il sera livré, mis à mort et ressuscitera le troisième jour. Sa gloire et sa souffrance ne s’opposent donc pas : elles appartiennent au même chemin.
La dernière scène apporte alors une touche importante. Jésus sait qu’en tant que Fils il est libre, mais il choisit de ne pas faire valoir son droit afin de ne pas scandaliser. Le Père avait déclaré que Jésus est son Fils bien-aimé ; Jésus montre maintenant ce que signifie être le Fils, tout en choisissant volontairement l’humilité.
C’est précisément ce qui prépare le chapitre 18. Alors que Jésus vient de manifester une grandeur qui s’accompagne d’humilité, les disciples vont lui demander : « Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? »
Jésus va alors déplacer leur manière de penser : dans son Royaume, la grandeur ne consiste pas à s’élever, mais à s’abaisser. À partir de cette question, il enseignera comment vivre avec les autres : accueillir les petits, éviter de faire tomber, rechercher celui qui s’égare, reprendre avec sagesse et apprendre à pardonner.
Ainsi, le chapitre 17 révèle la grandeur du Fils et son chemin d’humilité ; le chapitre 18 montrera comment cette même humilité doit transformer la vie de ses disciples.